samedi 13 septembre 2025

FEINTE, subst. fém.

 A.− Rare. Action de faire semblant (de faire, d'éprouver, d'avoir quelque chose). Toute sa dévotion n'est que feinte (Ac.). Synon. dissimulation, affectation.Jamais elle ne laissait sa physionomie tranquille, baissant la tête d'une façon languissante, la relevant au ciel avec des feintes subites de passion et de poésie (Zola, M. Férat,1868, p. 116).J'avais feint de désirer la quitter, feinte qui ne m'était pas seulement dictée (...) par les enseignements que j'avais cru recueillir de mes amours précédentes (Proust, Prisonn.,1922, p. 345):

1. ... il tient à sa réputation d'amateur d'art, feint de se ruiner en collections (...). Il s'est d'ailleurs pris à sa feinte, car son mépris des hommes, de leurs vices, de leurs malheurs, s'envenime avec l'âge et les forfanteries de carabin qui l'ont aidé si longtemps ne suffisent plus à le rassurer. Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 934.
B.− Action destinée à masquer (quelque chose). Ses feintes n'ont pas réussi; parlez sans feinte. Synon. artifice, dissimulation, ruse, tromperie.Cloche ne pouvait plus remuer, il essaya bien de se hisser sur ses pieux, il n'y parvint point. On crut à une feinte, à une ruse, à un mauvais vouloir de malfaiteur (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Gueux, 1884, p. 443).Vainement l'éditeur (...) lui demandait-il si, oui ou non, il était l'auteur du roman. Jean-Jacques s'en tirait une fois de plus par cette feinte : « C'est encore rendre hommage à la vérité que de déclarer qu'on veut la taire » (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 67):
2. ... je refusai la prudente réflexion, la fausse solitude et ses consolations sordides. Et j'ai compris que ce refus était encore une feinte : en vérité je ne disposais pas de mon cœur; j'étais impuissante contre cette angoisse qui s'emparait de moi chaque fois que je décachetais une lettre de Lewis... Beauvoir, Mandarins,1954, p. 501.
C.− Spécialement
1. SP. Mouvement simulé dans le but de déjouer (quelque chose), de tromper l'adversaire. Faire une feinte de corps.Je m'instruisis beaucoup à observer leurs feintes et leurs passades propres à fatiguer et éberluer le taureau (Gide, Thésée,1946, p. 1432).Malgré ses bonds, ses feintes et la rapidité de sa course, toujours ils l'atteignaient (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 15).L'expression épanouie avec laquelle des hommes grossiers (...) s'écrient devant une passe de football, une feinte de boxe, ou un corps d'athlète : « Joli! » (Montherl., Olympiques,1924, p. 228).
2. ART MILIT. Manœuvre destinée à tromper l'ennemi. Une habile feinte tactique chez Hannibal pendant la bataille de Cannes (Proust, Guermantes 2,1921, p. 417).
3. ESCR. Coup dirigé sur un côté pour que l'adversaire découvre l'autre. Il fit une feinte en tierce et porta sa botte en quarte (Ac.1835, 1878).J'ai employé contre lui toutes les ressources de l'escrime : feintes, surprises, dégagements, retraites, coups inusités (Gautier, Fracasse,1863, p. 350).Il combinait ses coups, il préparait ses ripostes, et ne dédaignait ni la feinte ni l'embûche (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 195).En flèche, à l'épée et au sabre, le bras armé est lancé en avant jusqu'à rupture d'équilibre. Précédée d'une ou de plusieurs feintes, l'attaque est dite « composée » (Jeux et sp.,1967, p. 1434).
4. ÉQUIT. Légère claudication d'un cheval. (Dict. xixeet xxes.).
5. MUS., vx. Synon. de altération accidentelle (v. altération1A 1).
− P. méton. Touche (actuellement noire) du clavier, correspondant à la note altérée. La note placée entre l'ut et le ré pouvait donner l'ut # ou le ré ♭ distincts l'un de l'autre; et de cette disposition, on avait appelé feintes les touches qui étaient ainsi séparées (Schmitt, Simon, Guédon, Nouv. Manuel organiste,1905, p. 71).Autrefois les f[eintes] étaient blanches et les touches correspondant aux notes naturelles noires (Mus.1976).
6. TYPOGR. Défaut d'encrage dans une forme entraînant un blanc sur la page imprimée. (Dict. xixeet xxes.).
7. TISS. Endroit où la trame manque dans une pièce d'étoffe (Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr., Quillet 1965).
Prononc. et Orth. : [fε ̃:t]. Ds Ac. 1694-1932.  Étymol. et Hist. 1. Ca 1223 « fiction, invention poétique » fables et faintes (G. de Coincy, Mir. Vierge, éd. F. König, II Pr. 1, 147), ,,rare`` ds DG; 2. [av. 1544 « fait de feindre, de donner une apparence contraire à la réalité » (Marot, I, 359 ds Littré)]; en partic. 1680 escr. (Rich.); 3. 1865 art vétér. (Littré). Part. passé fém. subst. de feindre*.  Fréq. abs. littér. : 469. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 443, b) 484; xxes. : a) 515, b) 1 046. Bbg. Portier (E.). Essai de sém. : feindre, figurer, feinte, figure, fiction. R. Philol. fr. 1915/16, t. 29, pp. 183-201. − Quem. DDL t. 6.

FENTE, subst. fém.

 A.− [Correspond à fendre A]

1. Action de fendre. La fente des ardoises. ,,Bois de fente, celui qu'on débite en le fendant pour en faire des échalas, des lattes, des cercles, du merrain, etc.`` (Ac. 1835-1932). Le bois du châtaignier est élastique (...) et bon pour la fente(Baudrillart, Nouv. manuel forest., t. 1, 1808, p. 62).
2. Séparation accidentelle, ouverture naturelle ou volontairement pratiquée d'un corps en deux ou plusieurs parties.
a) [Sur le corps humain] Un filet de sang coulait d'une fente au coin du front (Maupass., Contes et nouv., t. 2, St-Antoine, 1883, p. 199).La fente démesurée de sa bouche (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 42):
1. La bouche est inoubliable : des lèvres incolores, d'un dessin lourd et net; un sourire qui semble venir de très loin, sans hâte, qui allonge démesurément la fente des lèvres sans les entr'ouvrir... Martin du G, Devenir,1909, p. 36.
b) [Sur un objet] Ouverture longue et étroite. La tunique en mousseline de pourpre ouvrait jusqu'à la hanche sa fente longue et lâche. Démétrios passa lentement la main par cette ouverture flottante (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 92).[Le] ruban qui s'échappe en crépitant de la fente d'un téléscripteur (Sarraute, Ère soupçon,1956, p. 97):
2. Assis l'un près de l'autre dans une profonde encoignure, ils regardaient par la fente d'une meurtrière, comme par le trou d'une serrure, en cachette, le pays lumineux. Triolet, Prem. accroc,1945, p. 54.
− Spéc., ARBORIC. Greffe en fente. Greffe par incision pratiquée sur l'arbre ou sur l'arbuste qu'on veut greffer. [Les] systèmes [de greffe] sont aujourd'hui réduits à deux types (...) : la greffe en fente anglaise et la greffe en fente pleine(Brunet, Matér. vitic.,1909, p. 13).
B.− [Correspond à fendre B]
1. Rupture généralement provoquée par un élément naturel (sécheresse, gel, tremblement de terre, etc.). (Quasi-)synon. crevasse, fissure.Tout le monde sait que les filons sont des fentes remplies après coup (Elie de Beaumont, Émanat. volcan.,1847, p. 13).Une brique de qualité satisfaisante (...) est compacte, sans gerçures, boursouflures, fentes ou autres cavités (Bourde, Trav. publ.,t. 1, 1928, p. 134):
3. ... nous nous engageâmes dans une belle et profonde fente de montagne qu'ils appellent « die Hoelle », le creux, la profondeur (et non « l'enfer », comme on le traduit si mal). Michelet, Journal,1842, p. 424.
2. Espace existant entre deux éléments mal joints. L'eau passait sur les bords, entrait par les fentes de la barque(Flaub., Tentation,1849, p. 334).
C.− [Correspond à fendre D] SKI. ,,Action d'avancer un ski par rapport à l'autre en se fendant comme un escrimeur; l'écart ainsi obtenu`` (Rob. Suppl. 1970). Cf. Gautrat Ski 1969.
Prononc. et Orth. : [fɑ ̃:t]. Ds Ac. 1694-1932.  Étymol. et Hist. 1332 (Acte norm. de la Chambre des Comptes, 13, Delisle ds R. Hist. litt. Fr. t. 12, 1905, p. 698). D'un subst. fém. *findita, de *finditus part. passé de findere (fendre*) (Bl.-W.1-5), class. fissus, fissa (fesse*), ou plutôt formé sur fendre d'apr. le modèle rente* : rendre (FEW. t 3, 552b).  Fréq. abs. littér. : 777. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 275, b) 1 349; xxes. : a) 1 300, b) 710.

dimanche 7 septembre 2025

ANAGRAMME, subst. fém.

 Interversion des lettres qui composent un mot (ou plus rarement un syntagme ou une phrase) de manière à faire un autre mot (ou un autre syntagme ou une autre phrase) :

1. ... à la même époque, Nicolas de Montreux, autrement dit par anagramme Ollenix du Mont-Sacré... Ch.-A. Sainte-Beuve, Tableau hist. et crit. de la poésie française et du théâtre français au XVIesiècle,1828, p. 242.
− P. ext. Le résultat de cette opération :
2. Grâce à des charades, énigmes, anagrammes, logogriphes et autres jeux de construction ou de divination, nous étions, en dépit des fortes boues, arrivés aux tranchées avant de nous en être aperçus. H.-F. Amiel, Journal intime,18 janv. 1866, pp. 74-75.
3. Les anagrammes remontent à la plus haute antiquité. Leur origine ésotérique ne fait aucun doute : les anagrammes cabalistiques se retrouvent dans certains rites des Mystères antiques et des initiations modernes. Toutefois, l'anagramme fut désacralisé déjà par les poètes grecs, par Lycophron notamment. Jean Daurat, qui joua un rôle si important dans la création de la Pléiade, fut un des premiers à la remettre en faveur. La mode des anagrammes subsistait encore au xviiesiècle. On connaît celui que François Rabelais forma sur son nom (Alcofribas Nasier), et que Calvin (Calvinus) fit sur le sien (Alcuinus). Alleau1964.
Prononc. : [anagʀam]. Enq. : /anagʀam/.
Étymol. ET HIST. − 1571 « mot (ou phrase) formé par la transposition des lettres d'un autre mot (ou phrase) » (Belleau ds Amours de Ronsard, 342 ds Rom. Forsch., t. 32, p. 9 : Il [Ronsard] se joue sur l'anagramme [1560. 1567 : anagrammatisme] du nom de Marie). Empr. à un gr. *α ̓ ν α ́ γ ρ α μ μ α que l'on peut déduire du gr. α ̓ ν α γ ρ α μ μ α τ ι σ μ ο ́ ς, iies. « anagramme » d'où dès 1549 anagrammatisme « id. » (Du Bellay, Deffence, II, 8 ds Hug.).
STAT. − Fréq. abs. litt. : 20.
BBG. − Alleau 1964. − Bach.-Dez. 1882. − Bénac Dissert. 1949. − Bouillet 1859. − Colin 1971. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 44. − DLF. 16e. − Fér. 1768. − Gall. 1955, p. 314, 502. − Hanse 1949. − Lav. Diffic. 1846. − Prév. 1755. − Thomas 1956.

Littré

anagramme

(a-na-gra-m') s. f.
  • Transposition de lettres, qui d'un mot ou d'une phrase fait un autre mot ou une autre phrase. Les mots nacre, rance et ancre sont des anagrammes les uns des autres. J'aimerais mieux tirer l'oison, Et même tirer à la rame, Que d'aller chercher la raison Dans les replis d'une anagramme, Colletet, dans MÉNAGE.

REMARQUE

C'est une faute assez commune de faire anagramme masculin.

ÉTYMOLOGIE

Ἀνάγραμμα, de ἀνὰ, indiquant renversement, et γράφειν, écrire (voy. GRAPHIQUE).


samedi 6 septembre 2025

OBSCÈNE, adj.

 A. − Qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité. Synon. fam. cochon, dégoûtant, dégueulasse(vulg.), graveleux, sale.La pierreuse qui attire, par des gestes obscènes, un passant (A. France, Révolte anges, 1917, p.266).Un (...) champignon (...) obscène, que nos savants ont catalogué: le phallus nauséeux, vu sa forme, sa couleur congestionnée et sa mauvaise odeur (Cendrars, Homme foudr., 1945, p.229).V. amour ex. 203:

1. ... une conférence sur Daphnis et Chloé, où il [Francisque Sarcey] aurait dit: «Alors, Daphnis baisa Chloé», en disant comme appendice à sa phrase: «Mesdemoiselles, je dois vous prévenir que dans ce temps, baiser n'avait pas le sens obscène qu'on lui prête aujourd'hui». Goncourt, Journal, 1890, p.1279.
SYNT. Chanson, couplet, dessin, film, graffiti, gravure, idée, image, livre, plaisanterie, photographie obscène; propositions obscènes.
Rem. Dans la lang. contemp. on emploie plus volontiers pornographique en parlant d'un écrit, d'une photographie, d'un film.
− [En parlant d'une pers.] Qui aime offenser ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité. Je ne voyais en elle que la prostituée, masseuse obscène, lutteuse immonde; la puanteur de sa vie me piquait le nez (Larbaud, Barnabooth, 1913, p.170):
2. Il était tout naturel que le «pornographe» Léon Daudet fut trouvé mort (...) dans le sous-sol d'un libraire obscène, où il était venu se livrer à Dieu sait quelles abominables débauches. L. Daudet, Brév. journ., 1936, p.181.
♦ [En parlant d'une partie du corps] Qui appartient à une telle personne. Synon. lubrique.Une espèce de grand gaillard, (...) ses lèvres goulues, ses petits yeux obscènes, (...) ce qu'il doit en dire des saletés et en trousser des jupons!(Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.62).Ce ne sera pas à leurs lèvres obscènes Que nous demanderons notre baiser de paix (Péguy, Ève, 1913, p.921).
B. − Qui offense le bon goût, qui est choquant par son caractère inconvenant, son manque de pudeur, sa trivialité, sa crudité. Synon. cru, immoral, impudique, indécent, licencieux, ordurier, trivial.Le Cid est obscène et blesse les canons(Hugo, Marion Del., 1831, p.199).Un sanglot tout nu n'est pas beau: il offense. Un bon raisonnement offense aussi (...). Mais un raisonnement qui masque un sanglot (...) ôte aux pleurs ce qu'ils ont d'obscène (Sartre, Litt., 1948, p.42):
3. L'impôt moral décidé par la société sur toutes les transgressions frappe encore plus aujourd'hui la passion que le sexe. Tout le monde comprendra que X... ait «d'énormes problèmes» avec sa sexualité; mais personne ne s'intéressera à ceux que Y... peut avoir avec sa sentimentalité: l'amour est obscène en ceci précisément qu'il met le sentimental à la place du sexuel. R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, éd. du Seuil, 1977, p.211.
REM. 
Obscènement, adv.D'une manière obscène. Les mystiques bandelettes de la religion, seules rênes qui puissent arrêter la faiblesse humaine, sur la pente obscènement glissante de la sexualité (Péladan, Vice supr., 1884, p.26).
Prononc. et Orth.: [ɔpsεn]. Ac. 1694, 1718: obscene; dep. 1740: -ène.  Étymol. et Hist. 1534 «qui révolte la pudeur (paroles, livres)» (A. Milesius, Fantastiques batailles des grands rois Rodilardus et Croacus, l. I, chap.5, p.35); 1694 «en parlant d'une personne» (Ac.). Empr. au lat. obscenus «sinistre, de mauvais augure; indécent, obscène, sale, dégoûtant, immonde».  Fréq. abs. littér.: 407. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 289, b) 643; xxes.: a) 989, b) 544.

Littré


(ob-sè-n') adj.
  • Qui blesse ouvertement la pudeur. Octave Auguste prit le prétexte du livre innocent de l'Art d'aimer, livre très décemment écrit et dans lequel il n'y a pas un mot obscène, pour envoyer un chevalier romain sur la mer Noire, Voltaire, Dict. phil. Ovide.Ne sait-on pas que les statues et les tableaux n'offensent les yeux que quand un mélange de vêtements rend les nudités obscènes ?Rousseau, Lett. à d'Alemb.D'autres déguisés en femmes, d'autres qui portent des figures obscènes suspendues à de longues perches, et qui chantent des hymnes dont la licence est extrême, Barthélemy, Anach. ch. 24.

HISTORIQUE

XVIe s. Ils se torchoient le cul (il fault laisser aux femmes cette vaine superstition des paroles) avecques une esponge ; voilà pourquoi spongia est un mot obscoene en latin, Montaigne, I, 373.

ÉTYMOLOGIE

Lat. obscenus. Obscenus est écrit aussi obscænus. Le sens primitif est de mauvais augure ; et, comme on trouve le verbe obscævare (de ob, et scævus, gauche) qui signifie donner un mauvais présage (Plaute, Asin. II, 1, V. 18), on peut croire, avec Freund, qu'obscænus est pour ob-scævinus.

OBSCÉNITÉ, subst. fém.

 A. − Caractère de ce qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité. Synon. immoralité, indécence.L'obscénité de son langage est révoltante (Ac.1935).La fille de joie des quais de Marseille, héritière de l'obscénité primitive (Renan, Drames philos., Eau jouvence, 1881, v, 4, p.514).Un Arlequin d'une obscénité inattendue, dont le costume collant et versicolore laisse, çà et là, par quelques losanges vides, apparaître un peu de chair (Toulet, Nane, 1905, p.165).

− P. méton., le plus souvent au plur. Parole, action, image, objet qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité. Synon. cochonnerie(s), crudité(s), gravelure(s), saloperie(s) (vulg.).Les trois hommes causaient cochonneries, parlaient chacun d'une petite collection d'obscénités, dont ils se régalaient chez eux (Goncourt, Journal, 1867, p.389).Et les lourdes plaisanteries commencèrent. C'étaient des bordées d'obscénités lâchées à travers la table. Et toutes sur la nuit nuptiale. (...) depuis cent ans, les mêmes grivoiseries servaient aux mêmes occasions (Maupass., Contes et nouv., t.1, Farce norm., 1882, p.65):
1. ... Chiffon (...) chantait et débitait des obscénités en relevant ses jupes; elle exhibait des cuisses marbrées d'ecchymoses et racontait comment son amant la mordait. Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p.307.
B. − Caractère de ce qui offense le bon goût par son inconvenance, son manque de pudeur; caractère de ce qui est choquant. Synon. grossièreté, indécence.Il existe dans ces effrayantes profondeurs morales si peu sondées, on ne sait quel étalage atroce et agréable qui est l'obscénité du crime (Hugo, Travaill. mer, 1866, p.213):
2. ... l'obscénité sentimentale est (...) abjecte; rien ne peut dépasser l'inconvenance d'un sujet qui s'effondre parce que son autre a pris un air absent, «alors qu'il y a encore tant d'hommes dans le monde qui meurent de faim, que tant de peuples luttent durement pour leur libération, etc.» R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, éd. du Seuil, 1977, p.210.
Prononc. et Orth.: [ɔpsenite]. Ac. 1694, 1718: obscenité; dep. 1740: -é-.  Étymol. et Hist. 1511 «paroles, images, actions obscènes» (Vies des saints Pères, foXXV vods Delb. Notes mss); 1663 «caractère de ce qui est obscène» (Molière, Crit. de l'école des femmes, sc. 3). Empr. au lat. obscenitas «indécence, obscénité; objet obscène». Fréq. abs. littér.: 145.

Littré
  • 1Défaut de ce qui est obscène. Climène : Il [un mot] a une obscénité qui n'est pas supportable. - Élise : Comment dites-vous ce mot-là, madame ? - Climène : Obscénité, madame. - Élise : Ah ! mon Dieu ! obscénité ; je ne sais ce que ce mot veut dire ; mais je le trouve le plus joli du monde, Molière, Critique, 3.J'ai le malheur de croire que la pruderie est une chose funeste en littérature, et que, jusqu'à l'obscénité exclusivement, l'art consacre et purifie tout ce qu'il touche, Sainte-Beuve, Poésie française au 16e siècle, préface.

    La phrase de Molière montre qu'alors obscénité était un néologisme.

  • 2Chose obscène. Dire des obscénités. Ce tableau est une obscénité.

ÉTYMOLOGIE

Lat. obscenitatem, de obscenus.



jeudi 4 septembre 2025

BAGUENAUDER, verbe

 Familier

A.− Emploi intrans.
1. Passer son temps à des choses frivoles et sans importance. Synon. muser :
1. M. Gattel avait fait un fort bon dictionnaire où il avait osé noter la prononciation et dont je me suis toujours servi. Enfin, c'était un homme qui savait travailler cinq à six heures tous les jours, ce qui est énorme en province où l'on ne sait que baguenauder toute la journée. Stendhal, Vie de Henry Brulard,t. 1, 1836, p. 247.
2. ... nous ne songions qu'à nous divertir, qu'à baguenauder... L. Daudet, Salons et journaux,1917, p. 177.
♦ Baguenauder sur.Tenir des propos légers sur des sujets sérieux. Madame Prune (...) a plutôt marivaudé, (...) a plutôt baguenaudé sur la question si sérieuse du peuplement de l'empire, ... (Loti, La Troisième jeunesse de Madame Prune,1905, p. 147).
♦ Aller baguenaudant. Aller musant et baguenaudant (Courier, Lettres de France et d'Italie,1811, p. 848);aller rêvant et baguenaudant (G. Sand, François le Champi,1850, p. 12).
2. P. ext. Se promener sans but précis, flâner :
3. Que peut souhaiter de plus l'élu des Dieux? Pourtant, quelle mélancolie, quel désarroi! Les jours lui paraissent longs, vaine sa méthodique activité; il bâille, cherche un but, baguenaude de Neuilly au Palais-Bourbon, entre chez son éditeur. Blanche, Mes modèles,1928, p. 48.
− P. métaph. [Le suj. désigne les yeux, un cours d'eau] :
4. L'air narquois, ensommeillé, voluptueux, il restait indéfiniment à bayer aux corneilles. Ses yeux, qui baguenaudaient, faisaient tout le tour de la chambre d'Antoinette (...) − ils se promenaient sur le petit lit de fer, (...) − sur les portraits de son père et de sa mère, − sur une vieille photographie... R. Rolland, Jean-Christophe,Antoinette, 1908, p. 880.
5. À mes pieds est ma ville, que l'Yonne paresseuse et le Bouvron baguenaudant ceignent de leurs rubans. R. Rolland, Colas Breugnon,1919, p. 29.
Rem. Ce sens paraît auj. l'emporter sur le premier.
B.− Emploi pronom. à valeur subjective. Se baguenauder.Se promener sans but précis. Synon. se balader :
6. ... « allez, allez! ferme-moi tes bouquins, ce n'est pas tous les jours qu'on est ensemble! On va sortir, je t'invite. Tu connais bien un endroit rigolo? On va se baguenauder un peu. Oublie que je suis ton père... » Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 204.
− Spéc. [Le suj. désigne un attribut de la pers.] Les pognes de la fille [harpiste] se baguenaudant sur les cordes (A. Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p. 224).
C.− Emploi trans. [Suj. et compl. désignent gén. des pers.] Baguenauder qqn.
1. Vx. Jouer, railler, moquer quelqu'un.
Rem. Attesté ds Lar. 19e(avec la mention ,,inus. aujourd'hui``), Guérin 1892, Nouv. Lar. ill. (,,vieux``).
2. Pop., rare. Promener quelqu'un. Je le baguenaude à travers les rues, ... (Céline, Mort à crédit,1936, p. 182; cf. affur(e), ex. 8).
Rem. Dans l'ex. qui suit, l'aut. a forgé le subst. verbal baguenaud, prob. p. anal. avec badaud : ,,Andoche. − Pardon, excuse, ej' suis là à discourir coumme un charlatan ed' foire qui vent l'appât aux puces pour amuser les baguenauds,...`` (R. Martin du Gard, La Gonfle, 1928, II, 5, p. 1208).
PRONONC. : [bagnode] (Passy 1914 : [bagnoˑde]), je me baguenaude [ʒ əmbagno:d].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1466 intrans. « passer son temps à des frivolités » (J. de Bueil, Jouvencel, fo16a ds Gdf. Compl. : Aler baguenauder a la court); qualifié de ,,bas`` ou ,,familier`` par Ac. 1694 à 1878, de ,,vieux`` et ,,bas`` par Trév. 1704 à 1771, de ,,vieux`` par Rich. 1706; 2. [xviiies. « se promener » d'apr. Rob. Suppl.]; 1867 arg. (Delvau, Dict. de la lang. verte). Dér. de baguenaude1* étymol. 2; dés. -er.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 40.
BBG. − Delvau (A.). Dict. de la lang. verte. 2eéd. Paris, 1867. − Esn. 1966.