mercredi 6 mai 2026

PTOSE, PTÔSE, subst. fém.

 MÉD., PATHOL. Abaissement d'un organe ou d'une structure organique par rapport à sa place normale, par suite du relâchement de ses moyens de soutien. Ptose abdominale, gastrique, mammaire, rénale. Les signes cliniques consistent en troubles digestifs multiples associés à des ptoses viscérales, en migraines (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p. 236).

Prononc. et Orth.: [pto:z]. Ac. 1935: ptôse. ,,Les médecins [l']écrivent presque toujours sans l'accent`` (Dupré 1972). Étymol. et Hist. 1895 méd. (T. Legry, in G.-M. Debove et Ch. AchardMan. de méd., VI, p. 788 ds Quem. DDL t. 8). Empr. au gr. π τ ω ̃ σ ι ς « chute », dér. de π ι ́ π τ ω « tomber ». Ptose, subst. masc. est att. en bot. dès 1803 (BoistePtose, déplacement des parties organiques).  Bbg. Quem. DDL t. 8.

VIDUITÉ, subst. fém.

 A. − Vieilli. [S'appliquait essentiellement à une femme] .  Veuvage. Après la virginité, c'est la viduité qui a joui partout du respect des hommes (J. de MaistrePape, 1819, p. 272).L'état de viduité était envisagé comme sacré; les veuves constituaient un ordre ecclésiastique (RenanMarc-Aurèle, 1881, p. 552).

− DR. Délai de viduité. Délai que doit respecter une femme veuve ou divorcée avant de pouvoir se remarier, afin d'éviter toute confusion ou incertitude sur la paternité d'un enfant à naître (d'apr. GDEL).
B. − Au fig.
1. Littér., vieilli. État d'abandon; isolement affectif, solitude morale. Il seroit hors de la société, l'être malheureux qui naîtroit privé des sens de la vue et de l'ouïe (...) dont l'intelligence solitaire seroit condamnée à une éternelle viduité(BonaldLégisl. primit., t. 2, 1802, p. 2).Le pauvre vieux Jean Valjean n'aimait, certes, pas Cosette autrement que comme un père; mais (...) dans cette paternité la viduité même de sa vie avait introduit tous les amours; il aimait Cosette comme sa fille (...) comme sa mère (...) comme sa sœur (HugoMisér., t. 2, 1862, p. 389).
2. État de ce qui est vide, sans valeur, sans intérêt. Synon. vacuité.La sculpture (...) se stérilise et finit par nous épouvanter de sa viduité (CastagnarySalon, t. 1, 1864, pp. 183-184).C'est partout la même viduité (...). Cette pauvreté de pensée (...) ce manque de cœur (...) a (...) gagné tout le parti socialiste politique et de proche en proche le parti syndicaliste (PéguyArgent, 1913, p. 1110).
Rem. Cet empl. est condamné par les puristes: ,,On se gardera de commettre cette confusion [viduité/vacuité] et d'employer viduité dans un sens abusif`` (Dupré 1972).
Prononc. et Orth.: [vidɥite]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. Fin xives. [ms.] (De Judith, ms. Genève, 160 ds Brunet LatinTrésor, éd. E. Chabaille, Append. III, p. 629: Judith osta les habillemens de sa viduité); xves. [id.] ([JeanMansel], Fleur des hist., Maz. 1562, fo20c ds Gdf. Compl.). Empr. au lat.viduitas, -atis « privation; viduité »; cf. le synon. de formation pop. a. fr. veveé (1243 ds Gdf.), et de là, par substitution du suff. -eté (-té*) − et malgré l'écart chronol. des ex. − veuveté (1160-74, WaceRou, éd. A. J. Holden, II, 4230).  Fréq. abs. littér.: 10.

vendredi 13 mars 2026

COALESCENCE, subst. fém.

 A.− SC. DE LA NATURE. Réunion d'éléments voisins.

1. BIOL., BOT. Réunion normale ou pathologique de tissus voisins. Coalescence des lèvres d'une plaie. Elle [la tumeurest [...] souvent formée de la coalescence de plusieurs masses ganglionnaires hypertrophiées (Roussy dsNouv. Traité Méd.,fasc. 5, 1920-24, p. 262).
− P. métaph. :
... les segments sociaux perdent de leur individualité, (...) les cloisons qui les séparent deviennent plus perméables, en un mot (...) il s'effectue entre eux une coalescence... DurkheimDe la Division du travail soc.,1893, p. 237.
2. PHYS., CHIM. Réunion de particules en suspension. Des considérations hydrodynamiques sont défavorables à l'hypothèse d'une coalescence active des gouttelettes qui conduirait à la formation de gouttes de pluie (Ch. MaurainLa Météor. et ses applications,1950, p. 131).Un stabilisateur empêchant la coalescence des globules dispersés (G. ChampetierChim. macro-moléculaire,1957, p. 62).
B.− P. anal., LING. ,,Aspect de la contraction, qui consiste dans la fusion de deux voyelles voisines en une voyelle nouvelle : ae > e auo`` (Mar. Lex. 1961). Diphtongue par coalescence.
− P. ext. Réunion, dans une unité nouvelle, d'éléments compatibles quoique de soi disjoints. Coalescence d'un article avec un substantif (l'endemain → lendemain); degré de coalescence des éléments d'un syntagme.
Rem. 1. On rencontre ds la docum. l'adj. coalescible. Qui peut être soumis à un phénomène de coalescence. Le jeu externe des forces cosmiques, combiné avec la nature éminemment coalescible de nos âmes pensantes, travaille dans le sens d'une concentration énergique des consciences (Teilhard de ChardinLe Phénomène humain, 1955, p. 267). 2. La plupart des dict. gén. enregistrent l'adj. coalescent. Réuni à un élément voisin. Bractées coalescentes.
Prononc. Dernière transcr. ds Littré : ko-a-lè-ssan-s'. Pour [ss] géminées, cf. aussi Land. 1834, mais Gattel 1841 transcrit [s] simple.  Étymol. et Hist. 1. 1537 méd. (Canappe4eLivre de Thérapeutique de Galien cité par Chauvelot ds Fr. mod., t. 18, p. 270); 2. 1548 phon. (SebilletArt Poétique, I, 8 ds Hug.). Dér. du rad. de coalescere « s'unir », spéc. en parlant des éléments formant un mot et des lèvres d'une plaie en voie de cicatrisation.  Fréq. abs. littér. : 17.

lundi 1 décembre 2025

ROGUE, adj.

 En parlant d'une pers.] Qui manifeste envers autrui de la morgue, du dédain, du mépris. Synon. dédaigneux, hautain, méprisant.À l'Académie de France, dans ce beau salon aux tapisseries de De Troy, dans ce milieu charmant d'un palais italien à la Fragonard, on voit messieurs les élèves de Rome, tristes, rogues, boutonnés dans leur habit noir, cachant leur gêne du monde sous une dignité endimanchée (GoncourtJournal, 1867, p. 338).Christophe était surpris de cette inertie: ces êtres rogues et engourdis ressemblaient si peu aux Français qu'il imaginait! (RollandJ.-Chr., Foire, 1908, p. 644).

− [P. méton.] Qui témoigne de cette attitude. Air, ton, voix rogue. L'institutrice était d'un caractère si rogue, fantasque et brutal, elle malmenait tellement l'enfant qu'on la remercie; elle s'en va (Flaub.Corresp., 1853, p. 265).Familier, oui, blagueur à l'occasion; mais plus encore que ses rogues manières, on redoutait la bonhomie pateline et froide dont il s'accoutrait quelquefois (GenevoixRaboliot, 1925, p. 24).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɔg]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. 1. Ca 1180 rogre « agressif, ragaillardi » (Hue de RotelandeYpomedon, éd. A. J. Holden, 6177); 2. 1269-78 « hautain » (Jean de MeunRose, éd. F. Lecoy, 11600); 3.1567 [éd.] maintien rogue (J. A. de BaïfLe Brave, IV, 2, Paris, R. Estienne, f oIiiii r o). Du subst. a. nord. hrokr « excès, insolence »; le passage du subst. à l'adj. s'est peut-être fait au moment où le mot est entré en fr. La forme rogue est issue de rogre p. dissim. (v. Hue de Rotelandeop. cit., p. 552, note), v. FEW t. 16, p. 249b.  Fréq. abs. littér.: 125.
DÉR. 
Roguerie, subst. fém.,littér. Façon d'être, attitude, comportement d'une personne rogue. À moins d'un mois de là, Julien se promenait pensif dans le jardin de l'hôtel de La Mole; mais sa figure n'avait plus la dureté et la roguerie philosophique qu'y imprimait le sentiment continu de son infériorité (StendhalRouge et Noir, 1830, p. 304).− [ʀ ɔgʀi].  1reattest. 1740-55 (Saint-SimonMém., éd. A. de Boislisle, t. 4, p. 56); de rogue1, suff. -erie*.

SORGUE, subst. Fém.

 Arg., vieilli. Nuit; soir. Pendant la sorgue. On ne peut pas être là [avec sa femme] et ailleurs, quand on travaille à la sorgue ([L'Héritier],Suppl. Mém. Vidocq, t. 2,1830,p. 213).− Et puis nous avions peur d'être tout seuls comme ça la nuit. − On ne dit pas la nuit, on dit la sorgue (HugoMisér., t. 2, 1862, p. 166).

♦ Se refaire de sorgue. Souper. [Sinous allions nous refaire de sorgue chez l'ogresse du Lapin-Blanc [?] (SueMyst. Paris,t. 1, 1842, p. 17).
− P. anal. La grande sorgue. La mort; la fin du monde. C'est pas qu' j'ay' peur ed' la grand' sorgue (Bruant1901).
REM. 
Sorguer, verbe intrans.,arg. Passer la nuit. Content de sorguer sur la dure, va, de la bide [chaîne] je n'ai pas peur(Vidocq dsGuérin1892).Sorguer en blanc. ,,Veiller inutilement`` (Esn. 1966). Sorguer à la paire. ,,Courir toute la nuit, faute de logis`` (Esn. 1966). J' sorgue à la paire et j' fais ballon. Dans la rue (BruantDans la rue, t. 2, 1909, p. 14 ds Cellard-Rey 1980).
Prononc.: [sɔ ʀg].  Étymol. et Hist. 1628 (Le Jargon de l'Argot réformé ds Sain. Sources Arg. t. 1, p. 199). Var. de sorne (1486 sur la sorne « à la brune », Jean MichelMystère de la Passion, éd. O. Jodogne, 18612), empr. au prov. sorn (v. sournois).
DÉR. 
Sorgueur, subst. masc.,arg., vieilli. Voleur de nuit. Synon. rôdeur.Après la communion du matin, lorsqu'il errait dans la ville en attendant le train de retour, il se prenait à envier les noceurs qui sortaient des hôtels de passe, et tout un monde sordide qu'il imaginait avec souffrance, de tenanciers repus, de sorgueurs et de filles de sang (AyméJument, 1933, p. 112).V. gail ex. de Hugo. [sɔ ʀgœ:ʀ].   1reattest. 1829 (Rec. d'arg. ds Sain. Sources Arg. t. 2, p. 171); de sorgue, suff. -eur2* (cf. la forme en -eux 1561 sorqueux d'Antilfles, de TaudizRasse des NœudsAbbuz et Chant Royal, éd. G. Esnault ds Romania t. 83, p. 304).
BBG. − Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 669.

samedi 27 septembre 2025

POTIN, subst. mas.

 1.


A. − Fam., souvent au plur. Bavardages, commérages généralement médisants; chronique mondaine plus ou moins scandaleuse. Synon. cancan (fam.), on-dit, racontar (fam.), ragot (fam.).C'étaient des potins interminables avec les voisines (ZolaAssommoir,1877, p.498).Que m'importe son mariage et ce potin d'un adultère? (RivièreCorresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p.49).L'air candide d'une petite fille bien sage, les yeux brillants (...) qui regardaient de côté, malignement, guettant tous les potins, happant toutes les polissonneries de la conversation (RollandJ.-Chr.,Foire, 1908, p.732).V. concierge ex. de Van der Meersch et ex. 4.
− Loc. verb. Faire des potins sur qqn. Faire de petites médisances. Synon. fam. cancaner, potiner.Est-ce qu'on n'aurait pas fait à Monsieur des potins sur MlleAlice? (BourgetTapin,Fille-mère, 1927, p.186).
B. − P. ext., pop.
1. Grand bruit, tapage, vacarme; chamaillerie, querelle. Synon. boucan (fam.), foin (pop.), raffut (pop.), ramdam (pop.), tintamarre.Un potin infernal, du diable, de tous les diables; quel potin! Le poêle (...) s'écroula bruyamment (...) les hommes (...) se redressèrent noyés de suie, de larges plaques noires aux épaules. Alors le potin devint assourdissant: −Tas de cochons! −Bougres de fantassins! −Eh ben! mince alors, nous sommes frais! (CourtelineTrain 8 h 47,1888, 1repart., vi, p.70).
2. Loc. verb. Faire du potin
a) Faire du bruit, du tapage. Laisse-les donc s'amuser ces gamins, moi, j'aime que ça remue et que ça fasse du potin. Si tu veux que je te dise, les tiens m'ont l'air trop sérieux, ils ne gueulent pas assez fort (AyméJument,1933, p.159).
b) Au fig. Causer un scandale. Synon. faire du bruit*, faire du foin* (pop.).Le potin que sa mort [de M. Jean Croissya fait ici, à l'époque! Pensez. (...) On le noie, en l'assommant, dans l'eau, avec des pierres! (BourgetActes suivent,1926, p.49):
. Quel étrange potin Louis a-t-il été faire au sujet d'une pièce de vous insérée dans L'Ermitage? On n'y comprend rien. J'ai pensé (et j'ai pensé juste, n'est-ce pas?) que sa vertueuse et furibonde indignation venait toute de lui...GideCorresp.[avec Valéry], 1891, p.96.
Prononc. et Orth.: [pɔtε ̃]. Homon. et homogr. potin2. Att. ds Ac. dep.1694.  Étymol. et Hist. 1. a) 1811 «commérage» (Chateaubr.Corresp., t.1, p.364); b) 1884 faire des potins sur qqn (Maupass.Contes et nouv., t.2, Armoire, p.568); 2. a)1875 «tapage» (Figaro, mai d'apr. Larchey 1878, p.295); b) 1881 faire du potin «faire du tapage» (RigaudDict. arg. mod., p.309). Empr. au norm. potin «commérage» (1625-55, David FerrandMuse normande, éd. A. Héron, t.1, p.5), déverbal du norm. potiner «bavarder» (sans doute déjà en usage vers 1800 d'apr. FEW t.9, p.270b, note 20), prob. issu du subst. norm. potine signifiant «chaufferette» (id.) et dér. de pot1*, en raison de l'habitude qu'avaient les femmes, lorsqu'elles se réunissaient en hiver pour causer, d'apporter leurs chaufferettes (potines). V. FEW t.9, p.265b et p.270b, note 20.
DÉR. 
Potinage, subst. masc.,fam. Action de faire des potins, des cancans; résultat de cette action. Synon. fam. cancanage, cancannerie, commérage.Alors ce bruit infâme courait donc? (...) c'était une rumeur, un de ces potinages scandaleux, qui se lèvent des villes comme la boue de leurs pavés! (EstauniéSimple,1891, p.104). [pɔtina:ʒ].  − 1reattest. [1861 «commérage» (GoncourtJournal, 31 mars d'apr. Fuchs)]; 1877 «id.» (Journal de Genève, 17 mars ds Littré Suppl.); de potin1, suff. -age*. Le norm. connaît déjà potinage «commérage» au xviies. (1625-55, David FerrandMuse normande,éd. A. Héron, t.3, p.93).

2.

MÉTALL. Alliage de cuivre utilisé en dinanderie, dont on distingue deux espèces: le potin jaune, mélange de cuivre jaune et d'un peu de cuivre rouge, le potin gris qui se compose de lavures de laiton et de plomb ou d'étain (d'apr. Jossier 1881). Un potin nouvellement découvert dans ces montagnes, dont le grain, après deux fusions, acquiert la finesse et presque la couleur de l'étain. «Je puis en faire, nous dit-il, les choses les plus délicates et les plus légères...»(CrèvecoeurVoyage,t.1, 1801, p.283).
Prononc. et Orth.: [pɔtε ̃]. Homon. et homogr. potin1. Att. ds Ac. dep.1694.  Étymol. et Hist. 1373 (doc. ds Gdf.). Dér. de pot1*; suff. -in (parfois écrit -ain en m. fr., v. Gdf. et Gay), du lat. -imen (v. FEW t.9, p.266b et p.270b, note 31).

dimanche 21 septembre 2025

VOCATION, subst. fém.

 I. − RELIGION

A. − BIBLE. Appel particulier venant de Dieu. Synon. élection (v. ce mot B 1 a).Le quatrième évangéliste connaissait mieux que les autres (...) ce qui concerne la vocation des apôtres (RenanVie Jésus, 1863, p. 483).
− Vocation d'Abraham. Appel que Dieu lança au patriarche Abraham pour qu'il soit le père des croyants. L'Eucharistie (...) annonce l'abolition des sacrifices sanglans; elle est aussi l'image de la vocation d'Abraham, et de la première alliance de Dieu avec l'homme (Chateaubr.Génie, t. 1, 1803, p. 48).
− Vocation de Moïse. Appel que Dieu lança à Moïse pour qu'il soit le libérateur et le législateur du peuple hébreu. Tout un mouvement de pensée religieuse a en effet voulu assigner une fonction médiatrice aux prophètes de l'Ancien Testament, à Moïse en particulier. Plusieurs textes de l'Ancien Testament même décrivent en ce sens la vocation de Moïse, sans toutefois prononcer le mot « médiateur » (Philos., Relig., 1957, p. 36-5).
− Vocation des Gentils. Appel que Dieu lança aux païens pour les inviter à connaître l'Évangile et à entrer dans l'Église. Origène parle de l'ange de la vocation des Gentils, de l'ange de la Grace (DupuisOrig. cultes, 1796, p. 60).
B. − Mouvement intérieur par lequel l'être humain se sent appelé par Dieu et voué à la vie religieuse. Vocation ecclésiastique, monacale, sacerdotale, religieuse; vocation contrariée, forcée, tardive; suivre sa vocation; répondre, résister à sa vocation; avoir, ne pas avoir la vocation. Son père désirait en faire un prêtre. Mais le vieil abbé n'a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation (ZolaRêve, 1888, p. 48).Il m'a demandé: « Pourquoi n'entrez-vous pas dans les ordres? Comment se fait-il que vous n'ayez pas quitté le monde? » Je lui dis qu'on n'entre pas dans les ordres sans vocation (GreenJournal, 1947, p. 111).
C. − Vieilli. ,,Ordre extérieur de l'Église, par lequel les évêques appellent au ministère ecclésiastique ceux qu'ils en jugent dignes`` (Ac. 1835, 1878). Vocation extérieure (Ac. 1835, 1878).
II. 
A. − Inclination, penchant impérieux qu'un individu ressent pour une profession, une activité ou un genre de vie.Vocation artistique, militaire, musicale; vocation pour le commerce, le théâtre, la peinture; vocation pour le célibat; se sentir une vocation d'historien, de romancier, de poète; rater sa vocation; se détourner de sa vocation. Quoiqu'il n'eût aucune vocation pour le mariage, on l'avait conduit, le couteau sur la gorge, devant le prêtre (AboutGrèce, 1854, p. 200).Il me fit part de sa vocation littéraire. Ce gamin de sixième composait des tragédies en vers! De véritables tragédies, en plusieurs actes, comme dans ses livres de classe (Martin du G.Souv. autobiogr., 1955, p. XLII).
♦ Vocation de + inf.Avoir la vocation de gouverner, de régner. D'un mauvais compositeur acharné à produire, on pourrait dire qu'il a la passion, mais non la vocation d'écrire des œuvres musicales (Lal.1968).
♦ P. iron. Au fond, sa véritable ambition eût été d'être joli garçon; j'ai peu vu de vocations plus manquées que celle-là!(GoncourtJournal, 1863, p. 1254).
− En partic. Inclination, penchant marqué pour une profession exigeant dévouement et désintéressement (enseignement, médecine, recherche scientifique). Les Écoles régimentaires n'ont donné jusqu'ici que de très-médiocres résultats. Cela tient à ce que l'on n'improvise pas un professeur; l'enseignement demande une vocation et une aptitude particulières (DavoutRéorg.milit., 1871, p. 19).
− Loc. Par vocation. Par goût, par inclination très prononcée. J'entrai par vocation dans le métier des armes, j'appris les lettres par plaisir (CamusDév. croix, 1953, 1rejournée, p. 532).
B. − Destination individuelle de chaque être humain. Synon. destinéemission.Le protestantisme (...) prend au sérieux l'enseignement de la Genèse: la vocation de l'homme n'est-elle pas de dominer la terre, d'y assurer le règne de l'homme? (Univers écon. et soc., 1960, p. 64-14).
C. − DR. ,,Droit, en général conféré par la loi, auquel son bénéficiaire ne peut renoncer avant l'événement qui l'actualise (ouverture de la succession, survenance de l'état de besoin), mais qui existe dès avant à l'état de virtualité, d'éventualité`` (Juridique 1987). La vocation successorale ou héréditaire: droit pour le successible d'être appelé à la succession; la vocation alimentaire : droit pour une personne de réclamer des aliments à un parent, en cas de besoin(Juridique1987).
− Locutions
♦ Avoir vocation à, pour + subst. ou inf.Être qualifié pour. Le parti a vocation normale pour constituer le cabinet s'il est au pouvoir, le contrôler s'il est dans l'opposition (MeynaudGroupes pression en Fr., 1958, p. 37).Les géographes universitaires sont appelés à reconnaître qu'ils ont vocation à former non seulement des professeurs, voire des chercheurs, mais aussi des cadres pour l'économie (Colloque géogr. appl., 1962, p. 161).Chaque corps groupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier et ayant vocation aux mêmes grades (BelorgeyGouvern. et admin. Fr., 1967, p. 241).
♦ Ouvrir vocation à + subst. ou inf.Donner droit à (v. droit3II A 1 b). La commission départementale d'admission établit la liste des élèves admis sans examen dans les classes de 6e, cette admission ouvrant éventuellement vocation à l'attribution d'une bourse (Encyclop. éduc., 1960, p. 135).
III. − Destination à laquelle un établissement, une région, un pays paraît être voué de par ses caractéristiques intellectuelles ou matérielles. Vocation agricole, industrielle, maritime, touristique d'une région. Le problème reste l'institution de cours à plein temps, problème compliqué par la vocation du CNAM [Conservatoire National des Arts et Métiersà être « cours du soir », parallèle à une activité professionnelle (Encyclop. éduc., 1960, p. 275).Le Gouvernement, en se prononçant pour une vocation du Sud-Ouest aux activités aéro-spatiales, a décidé l'installation de divers établissements scientifiques ou d'enseignement supérieur dans cette région (Amén. terr., 1964, p. 15).
− En partic.
♦ Aptitude que présente un sol à une production déterminée. Vocation céréalière, horticole d'un sol, d'une terre. On conçoit très bien les compagnies papetières créant (...) des filiales ayant pour objet l'acquisition et le boisement de terres à vocation forestière (Industr. fr. bois, 1955, p. 25).
♦ Vocation d'un magasin. ,,Politique commerciale d'un magasin en fonction de son positionnement sur le marché`` (Wellhoff Comm. 1977). Chaque magasin a donc une vocation (...). Avoir un assortiment étroit et profond (spécialiste) ou (...) privilégier un département alimentaire, non alimentaire (WellhoffComm.1977).
REM. 
Vocationnel, -elle, adj.,hapax. L'esprit d'indépendance sera entretenu non seulement par l'étude, mais par une éducation que Gandhi nomma « vocationnelle » (RollandGandhi, 1923, p. 37).
Prononc. et Orth.: [vɔkasjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 « appel de Dieu à lui » (Dialogue Grégoire, éd. W. Foerster, p. 155); 2. a) ca 1470 « destin vers lequel une personne semble être portée de par sa nature même » (Jean de BueilJouvencel, éd. C. Favre et L. Lecestre, t. 2, p. 25); 1656 (PascalLettre à Mademoiselle de Roannez, sept. ds Œuvres compl., éd. J. Chevalier, p. 506, VIII, I); b) 1676 « mouvement intérieur par lequel on se sent porté à la vie religieuse » (MaintenonLett. à l'abbé Gobelin, t. II, p. 51 ds Pougens ds Littré); 3. 1467 « situation, condition » (ds Lettres de Louis XI, éd. J. Vaesen, t. 3, p. 143); 1673 « inclination pour un état, talent » (Mmede SévignéCorresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 632). Empr. au lat.vocatio, -onis « action d'appeler », « invitation » d'où en b. lat. eccl. « appel fait par Dieu » vies. ds Blaise Lat. chrét., « invitation de Dieu à la foi » iers., ibid., « appel à tel genre de vie, état » ives., ibid. formé sur le supin vocatum de vocare « appeler », dér. de vox, vocis « voix ».  Fréq. abs. littér.: 1 154. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 832, b) 1 190; xxes.: a) 1 498, b) 2 658.  Bbg. Blochw.-Runk. 1971, p. 127 (s.v. vocationnel). − Goug. Mots. t. 3 1975, p. 231. − Quem. DDL t. 34.