jeudi 10 avril 2025

SÉMASIOLOGIE, subst. fém.

 LING. Étude des significations qui consiste à partir des mots, des formes pour aller vers la détermination du sens (s'oppose à onomasiologie, étude des significations qui part des concepts et en détermine les traductions linguistiques). Ce sont les linguistes allemands (Dornseiff, Vossler, puis Weisgerber) qui ont imposé cette opposition [entre onomasiologie et sémasiologie], pour attaquer l'étude des significations faite en partant du signe sémasiologie et défendre l'étude des dénominations onomasiologie. Ces deux termes, désignant les deux aspects méthodologiques d'une même discipline, la sémantique, me paraissent indispensables (A. ReyLe Lex.: images et modèles, 1977, p. 16).

Rem. Sémasiologie a été empl. par certains aut. comme un équivalent de sémantique; cet empl. a généralement disparu de l'usage actuel.
Prononc. : [semazjɔlɔ ʒi].  Étymol. et Hist. 1. 1884 « science des significations » (E. Jovy, Princ. de philol. comp. [trad. de l'angl. de A. H. Sayce], p. 15); 2. 1904 (A. Thomas ds Romania t. 33, p. 289: Quand on part d'un mot donné pour grouper dans un ordre logique les différentes significations de ce mot, on fait de la sémasiologie; quand on part d'une idée donnée pour grouper les différents mots qui servent à exprimer cette idée, on fait de l'onomasiologie). Formé du gr. σ η μ α ι ́ α « signe » et « signification d'un mot », et de -λ ο γ ι α (v. -logie); le mot a d'abord été empl. par le latiniste all. C. K. Reisig (mort en 1829) dans un ouvrage publ. en 1839, à titre posthume (Vorlesungen über Lateinische Sprachwissenschaft, II, 286: Semasiologie oder Bedeutungslehre, cité ds NED Suppl.2) et l'angl. semasiology est att. dep. 1877 (v. NED). Au sens gén. de « science des significations » le mot a été supplanté par sémantique* dans la terminol. ling. fr. (où il ne s'emploie que p. oppos. à onomasiologie*, pour désigner ce type d'approche complémentaire de la réalité ling., v. P. Swiggers ds Mél. Plomteux (H.) 1983, pp. 431-438), tandis que dans les domaines angl. et scand. il concurrence toujours ce terme.
DÉR. 
Sémasiologique, adj.Qui relève de la sémasiologie, appartient à la sémasiologie. La démarche sémasiologique type est celle de la lexicologie structurale, visant à représenter des structures (axe paradigmatique et axe syntagmatique) rendant compte d'une unité lexicale (Ling.1972). [semazjɔlɔ ʒik].   1reattest. 1912 (Dauzat, La Philos. du lang., p. 197); de sémasiologie, suff. -ique*.
BBG. − Baldinger (K.). Sémasiologie und onomasiologie. R. Ling. rom. 1964, t. 29, pp. 249-272. − Heger (K.). Les Bases méthodol. de l'onomasiologie et du classement par concepts. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1965, t. 3, pp. 7-32. − Rey (A.). Théories du signe et du sens. Lectures. 2. Paris, 1976, p. 287. − Ullmann (S.). Esquisse d'une terminol. de la sémantique. InCongrès Internat. des Linguistes. 6. 1948. Paris, 1949, p. 369.

mercredi 9 avril 2025

CONCUPISCENCE, susbt. fèm.

 A.− THÉOLOGIE

1. Rare. Aspiration de l'homme qui le porte à désirer les biens naturels ou surnaturels.
− En partic. Mouvement d'amour envers Dieu et les hommes. Priez, priez, jusqu'à ce que vous vous sentiez poursuivi par la concupiscence de cette jouissance (Saint-MartinL'Homme de désir,1790, p. 234).
2. Péj. Attirance naturelle de l'homme pour les biens terrestres, impliquant un dérèglement des sens et de la raison, conséquence du péché originel. Concupiscence de la chair, de l'esprit, des yeux :
1. ... encore que rien ne soit plus libre que l'amour, son premier mouvement ne lui appartient pas. Ce mouvement, quand il est mauvais, se nomme concupiscence, et l'on en distingue trois sortes : la concupiscence des sens,qui est la volupté; la concupiscence de l'esprit, qui est l'ambition; et la dernière, qui tient de l'une et de l'autre, parce qu'elle a pour objet les moyens de les satisfaire, la cupidité. OzanamEssai sur la philos. de Dante,1838, p. 111.
B.− Cour. [Le plus souvent en constr. de compl. prép.]
1. Désir très vif des plaisirs sensuels. Regarder avec des yeux de concupiscence (Ac. 1835-1932) :
2. Il n'aimait ni ne haïssait sa femme : il la désirait. Son imagination dépravée lui faisait voir en elle d'inouïes voluptés; il était resté inassouvi et n'espérait aucun assouvissement. Étrange couple où l'un, pétri du plus odieux des vices du corps, se murait dans une concupiscence vaine; tandis que l'autre, sans vertu, se défendait la vie sensorielle, par seul orgueil. J. PéladanLe Vice suprême,1884, p. 49.
− [P. anal. littér., à propos d'un animal] Les cerfs bramaient, ivres d'une telle concupiscence (ZolaLa Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1408).
2. Passion, convoitise à l'égard d'un bien matériel. Concupiscence charnelle; exciter la concupiscence. Vous barbotez dans des scrupules de religieuse qui s'accuse d'avoir mangé son œuf avec concupiscence (BalzacLes Illusions perdues,1843, p. 326).
Rem. On rencontre ds la docum. concupiscer, verbe intrans. Éprouver de la concupiscence. Ils se pâment les blondins (...). Ils concupiscent avec délices et se grisent de visions sadiques (M. LefèvreLes Gestes de la chanson, 1896, p. 142).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃kypisɑ ̃:s]. Les dict. mod. de Passy 1914 à Larg. Lang. fr. transcrivent [s] simple à la finale. Barbeau-Rodhe 1930 cependant admet [s] ou [ss]. Les dict. plus anc. Land. 1834, Nod. 1844, Fél. 1851, Littré et DG transcrivent [ss] double. Pourtant on rencontre déjà [s] ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787 et Gattel 1841. Admis ds Ac.1694-1932.  Étymol. et Hist. 1268 (Brunet LatinTrésor, éd. F. J. Carmody, II, 4, p. 177). Empr. au lat. chrét.concupiscentia de même sens, dér. du lat. class. concupiscere « convoiter ».  Fréq. abs. littér. : 177.

dimanche 30 mars 2025

CHABRAQUE, Subst. Fém.

 A.− Vieilli. Pièce de drap, ou peau d'animal (chèvre, mouton, panthère, léopard, etc.) qui recouvrait la selle des chevaux de cavalerie. Les autres [soldats de la Bérésinaportaient des chabraques de cheval, des couvertures crottées (BalzacAdieu,1830, p. 26).

B.− Arg. (cavalerie), péj. [En parlant d'une pers.] Vieille peau :
Sa beauté ne diminua pas. Elle résistait à toutes les avaries. Et, cependant, la vie qu'elle menait devait faire très vite d'elle ce qu'on appelle entre cavaliers une vieille chabraque, si cette vie de perdition avait duré. Barbey d'AurevillyLes Diaboliques,À un dîner d'athées, 1874, p. 358 (Rheims 1969).
− P. ext., région. (Orléanais, Beauce, etc.) et arg.
1. Femme de mœurs légères. Synon. garce.
2. Péj. [Insulte vague] Femme désagréable, ou excentrique, ou déséquilibrée. Mousseret [officier de semaine, à Mme Bijou, cantinière]. (...). Qui est-ce qui m'a bâti une vieille chabraque comme ça! (CourtelineLes Gaîtés de l'escadron,1886, III, 3, p. 52).
Rem. On rencontre chez Proust la var. sabraque. « Quelle vieille sabraque! » (Le Côté de Guermantes 1, 1920, p. 19).
Prononc. et Orth. : [ʃabʀak]. Ac. 1835 et 1878, s.v. chabraque, renvoient à schabraque (cf. aussi LittréDG et Guérin 1892). Ac. 1932 donne uniquement chabraquecf. aussi Besch. 1845 qui note, s.v. chabraque : ,,On écrit aussi schabraque, orthographe que les partisans de l'étymologie trouvent plus correcte que la nôtre, ce qui n'est pas exact, puisque ce mot s'écrit en allemand schabracke. Laquelle de ces orthographes est préférable? Nous pensons que c'est celle qui est le plus conforme au génie de notre langue, puisque aucune des deux formes ne reproduit l'orthographe allemande.`` Lar. 19e, Lar. encyclop. et Lar. Lang. fr., ainsi que Rob. admettent chabraque ou schabraque.  Étymol. et Hist. 1. 1803 schabraque « couverture de selle » (Boiste); 1813 chabraque (JouyL'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 3, p. 207); 2. 1866 « femme de mauvaise vie » (Lar. 19e)cf. 1907 (France : Schabraque. Vieille prostituée qui [...] s'est accrochée au derrière des cavaliers comme la schabraque que portaient autrefois les hussards, les guides et les artilleurs de la garde); sens péj. attesté dans de nombreux dial. (FEW t. 17, p. 24b). Empr., prob. à la faveur des guerres de Bonaparte, à l'all. Schabraque « couverture de selle » attesté dep. 1669 sous la forme Schaberacke, dep. 1671 sous la forme trisyllabique Tchabraken ds Trübner, lui-même empr. au turc čaprak « couverture de selle ou de cheval » (de jap, čap « couvrir », v. Lok., no395), soit directement (Kluge20Vasmer t. 2, p. 302), à la faveur des conquêtes turques dans le Saint-Empire au xvies. (sièges de Vienne en 1529 et 1539), soit par l'intermédiaire d'une lang. slave (FEW t. 17, p. 25a), plus prob. du hongr. csáprag « id. » (Lok.loc. cit.Paul-Betz; Trübner) ce peuple ayant partic. subi l'assaut turc lors de cette invasion et Bude étant resté pendant deux siècles la principale forteresse turque face à l'Occident chrétien.  Fréq. abs. littér. : 7.  Bbg. Simon (J.-M.). Un Mot orléanais qui disparaît : chabraque. B. folklorique d'Île-de-France. 1956, t. 19, p. 843.

dimanche 24 novembre 2024

PROFANATION, subst. fém.

 A. − Action de profaner (ce qui est saint, sacré). Synon. pollution (vieilli), sacrilège, violation.Profanation des choses saintes; profanation d'un lieu sacré, d'une église, d'un cimetière; commettre une profanation; se livrer à des profanations. Dans cette chapelle, c'était toujours la même histoire d'amour recommencée par les simples, qui n'ont pas l'idée des profanations et ne craignent pas les sacrilèges (Moselly,Terres lorr., 1907, p.85).Le bruit circula parmi les pêcheurs du continent qu'un sacrifice païen (...) avait été célébré sur l'île. Ils entendaient là-dessous des horreurs. Des profanations d'hosties, des viols de femmes, des orgies (Queffélec,Recteur, 1944, p.194):

. Je vois (...) l'esprit de ces institutions [certains rites religieux] tellement perdu et dénaturé, qu'en bien des cas l'homme les observe de manière à en faire un sacrilège. Je ne puis prendre mon parti sur des pratiques admises par prudence, par calcul, c'est-à-dire par lâcheté ou par hypocrisie. La routine de l'habitude me paraît une profanation moindre, mais c'en est une encore, et quel sera le moyen d'empêcher que toute espèce de culte n'en soit pas souillée? Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.57.
B. − Au fig. Action d'avilir, de dégrader (quelque chose de vénérable, de précieux ou qui est considéré comme tel).Profanation de l'amour, de l'idéal. La gaieté est une fameuse cuirasse et la meilleure des protections. Sous son abri, on peut cacher son bonheur ou sa détresse, échapper à l'indiscrétion ou à la profanation du monde (Amiel,Journal, 1866, p.453).Lorsqu'on a mis la pioche dans le vieux Paris, qui empoisonnait et qui tombait en pourriture, ils [les romantiquesont poussé des cris de désespoir; c'était une abomination, une profanation (Zola,Doc. littér., Gautier, 1881, p.126).Je ne veux pas être complice d'une nouvelle profanation à l'égard de l'écrivain dont j'honore le plus la mémoire et que je considère comme un ascendant spirituel (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1911, p.180).
Prononc. et Orth.: [pʀ ɔfanasjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. 1433 prophanation (Jean Juvénal des Ursins, Épître, citée ds OEuvres de Maistre Alain Chartier, éd. André du Chesne, 1617, p.839); 1549 profanation (Est.). Empr. au lat. chrét. profanatio de même sens.  Fréq. abs. littér.: 212. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 398, b) 309; xxes.: a) 395, b) 157.  Bbg. Quem. DDL t.14.

vendredi 18 octobre 2024

BOUTE-SELLE, subst. masc.

 Signal donné avec la trompette pour avertir les cavaliers de placer la selle et de monter à cheval. Le signal du boute-selle (GroussetL'Épopée des croisades,1939, p. 97).

− P. ext. et au fig. Signal d'un départ. Sonner le boute-selle (BertrandGaspard de la nuit,1841, p. 165):
À ce mot, qui fit l'effet du boute-selle sur un régiment en halte, tous les truands, hommes, femmes, enfants, se précipitèrent en foule hors de la taverne avec un grand bruit d'armes et de ferrailles. HugoNotre-Dame de Paris,1832, p. 463.
Rem. La plupart des dict. gén. du xixeet du xxes. notent le subst. masc. boute-charge qui désigne également une sonnerie de trompette avertissant les cavaliers de placer la charge sur les chevaux.
1reattest. 1549 (G. du BellayInstructions sur le faict de la guerre, 75b cité par Vaganay dans Fr. mod., t. 5, p. 71); dér. de la forme verbale boute (bouter* étymol. 2) et selle*.  [butsεl] Pour Besch. 1845 le mot ,,ne varie point, il s'écrit au pluriel comme au singulier des boute-selle``. Pour la majorité des dict. boute-selle est inv. Seuls Littré et Quillet 1965 écrivent des boute-selles. Noter la graph. bouteselle chez AdamL'Enfant d'Austerlitz, 1902, p. 236.  Fréq. abs. littér. : 11.

dimanche 6 octobre 2024

CACHET, subst. masc.

 I.− [Désigne (l'instrument d') une marque]

A.− Domaine de la vie administr.Petit objet de métal ou de pierre fine, souvent monté sur un anneau ou un manche, gravé en creux ou en relief d'initiales, d'emblèmes ou d'armes, que l'on imprime sur de la cire (ou autre matière malléable) pour fermer une lettre ou servir de marque distinctive. Cachet bien gravé; cachet d'or, d'argent, d'agate;cachet de chiffres, d'armes (Ac. 1798-1878); apposer un cachet sur une lettre :
1. Il [Lucien] en fit un paquet [des pièces de théâtre], le ferma par des pains à cacheter, y mit, avec la force que donne le délire, l'empreinte d'un cachet à ses armes qu'il avait au doigt, ... BalzacSplendeurs et misères des courtisanes,1847, p. 475.
♦ P. métaph. Le monde n'est qu'une cire à laquelle notre esprit comme un cachet impose son empreinte (BarrèsLes Déracinés,1897, p. 16):
2. ... cette nef que quatre siècles bâtirent et scellèrent de leurs armes, en y apposant ces extraordinaires empreintes, ces fabuleux cachets qui s'épanouissent en relief sous le berceau renversé des voûtes. HuysmansEn route,t. 1, 1895, p. 52.
− P. ext., vieilli. Timbre ou tampon de caoutchouc avec lequel on imprime à l'encre un cachet.
B.− P. méton.
1. Empreinte réalisée par cet objet.
a) Pastille de cire (ou de plomb, etc.) portant cette empreinte distinctive, servant généralement à sceller une lettre ou garantissant l'origine et l'authenticité de l'objet sur lequel elle est apposée. Le cachet est entier, rompu; le cachet d'un fabricant; appliquer un cachet sur des bouteilles :
3. Le paquet est sous double enveloppe, noué d'une corde et scellé de cinq cachets noirs. J'y ai empreint mon cachet de pair de France, je reproduis ce cachet sur cette lettre pour que vous puissiez constater que rien n'a été ouvert. HugoCorrespondance,1862, p. 380.
♦ Cachet volant (vieilli). Cachet fixé au pli supérieur d'une lettre et n'empêchant pas de l'ouvrir. La lettre que je lui ai envoyée pour le ministre était à cachet volant, sous cachet volant, afin qu'il pût en prendre lecture (Ac.1835-1878).
− HIST. Lettre de cachet. Sous l'Ancien Régime, ,,lettre du roi contresignée par un secrétaire d'État, fermée du cachet royal et qui contenait un ordre d'emprisonnement ou d'exil`` (Ac. 1932); attesté dep. Ac. 1798.Expédier, envoyer une lettre de cachet; être exilé par lettre de cachet :
4. ... la Bastille? C'est là qu'il faudrait envoyer le jeune Octave, avec une bonne lettre de cachetP. BourgetNos actes nous suivent,1926, p. 140.
− Loc. fig. Mettre un cachet sur la bouche de qqn. Lui imposer silence (attesté par Lar. 19e, Lar. 20eLittré, Guérin1892, Rob.).
b) Empreinte à l'encre laissée par un timbre de caoutchouc. Le cachet bleu de la Trésorerie (CourtelineLe Train de 8 h 47,1888, 2epart., 2, p. 104),le cachet du pharmacien apposé sur une ordonnance ou une feuille de maladie.
♦ Cachet postal. Marque indiquant le lieu, la date et l'heure de départ d'une lettre. Dater [une lettred'après le cachet de la poste Lettre 2. samedi (12 mai 1900, d' après le cachet de la poste). (ClaudelCorrespondance,[à A. Gide], 1899-1926, p. 45).
2. P. métaph. et/ou au fig. Caractère particulier d'une personne, d'un objet. Imprimer son cachet sur qqc. Les arènes sont le cachet du peuple romain sur Nîmes, Arles, Orange (BarrèsMes cahiers,t. 13, 1921-22, p. 187):
5. ... il [Renan] fait de l'histoire la création propre et originale, le « cachet du dix-neuvième siècle » : ... MassisJugements,1923, p. 61.
− Spéc., usuel. Caractère distinctif, original des œuvres d'un artiste, d'un auteur. Son style a un cachet particulier; cet écrivain a son cachet (Ac.1798-1878).Cet ouvrage porte le cachet de l'époque où il fut composé (Ac.1835-1932).
− Loc. usuelles [En parlant d'un vêtement, d'un obj., parfois d'une pers.]
♦ Avoir du cachet. Avoir du chic, de l'originalité :
6. ... les artistes sont venus; les femmes de F... ont appris qu'elles avaient beaucoup de couleur et de cachet, qu'elles étaient pittoresques enfin... O. FeuilletBellah,1850, p. 1.
♦ Avoir beaucoup de cachet. La « robe » doit sortir, tant elle a de cachet, d'un atelier de fée (PonchonLa Muse au cabaret,1920, p. 223).
C.− Domaine de l'organisation de la vie notamment artistique ou intellectuelle.Carte d'abonnement marquée d'un cachet pour chaque prestation à laquelle elle donne droit. Repas au cachet, des cachets de bains.
− Spécialement
1. Vieilli. Carte qu'un élève remettait à son professeur pour qu'il y mette son cachet afin de décompter les leçons.
♦ P. méton. Leçon particulière. Ce maître de danse prend cinquante francs, cent francs pour douze cachets (Ac.1835-1932).
♦ Loc. (usuelle). Courir le cachet. Vivre difficilement de leçons particulières. L'ingrate course au cachet (VoguëLes Morts qui parlent,1899, p. 148).Professeur ... qui devait doubler ses six mille francs d'appointements en courant le cachet (ZolaAu Bonheur des dames,1883, p. 447).
2. P. anal. Rétribution d'un artiste par représentation, par concert. Le cachet d'un artiste, d'un acteur, d'un musicien; toucher un cachet. Les vedettes européennes à gros cachets (MorandNew-York,1930, p. 116).
− P. méton. Représentation, concert, etc., rétribué au cachet. Aller faire des cachets (H. GéninLe Lang. des planches,1911, p. 44).
II.− [P. anal. de forme et de matière, désigne un enveloppement] PHARM. Capsule de pain azyme permettant l'absorption du médicament en poudre qu'elle renferme. Un cachet d'aspirine, avaler un cachet, prendre un cachet :
7. Bonjour, Tricot... celui-là, pour donner un baiser, il ferme les yeux et il tire le gosier, comme s'il avalait un cachet trop gros. FrapiéLa Maternelle,1904, p. 247.
− P. ext., fam. Comprimé (d'aspirine). Prendre un cachet pour dormir.
♦ Loc. Être blanc comme un cachet d'aspirine. Anton. être bronzé.
PRONONC. : [kaʃ ε]. Homon. cachais, cachai(en)t.
ÉTYMOL. ET HIST. − A.− 1. a) 1464 « petit sceau » (Rec. des anciennes Lois générales, éd. Isambert, Jourdan, Decrusy, Paris, 1825, t. 10, p. 490); 1606 (Nicot : cachet du Roy [...] nom du Roy en caracteres, ou matrices d'argent, grauans en blanc par impression [...] duquel on use és lettres closes & patentes [lettres du cachet]); 1636 lettre de cachet (MonetInventaire des deus lang. fr. et lat., Lyon); b) av. 1630 « matière qui porte l'empreinte du cachet » (D'Aub.Vie, p. CXI dans Littré); 2. 1564 « empreinte du cachet sur une matière » (J. ThierryDict. fr.-lat., Paris); 3.1733 « marque permettant de tenir le compte de certaines prestations (ici de leçons données par un professeur) » (Rousseau à une cliente de Chambéry dans Brunot t. 6, p. 1355); 1835 fam. courir le cachet (Ac.)4. 1762 « signe caractéristique » (J.J.R., Em. IV dans Gohin, p. 342); 1866 avoir du cachet (Lar. 19e). B.− 1899 pharm. (Nouv. Lar. ill.).A, B dér. du rad. de cacher* pris au sens de « presser », v. FEW t. 2, 1, p. 807a; cf. aussi 1543 (G. de Selve, Trad. de Huict Vies de Plutarque, Paul Emile, 108 vodans Hug.); suff. -et*, servant à désigner l'objet avec lequel l'action s'accomplit (Nyrop t. 3, § 224, no4).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 741. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 151, b) 2 056; xxes. : a) 692, b) 650.
BBG. − Gohin 1903, p. 342. − Rigaud (A.). Hymne à la paie. Déf. Lang. fr. 1971, no59, p. 19. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 449.

lundi 19 août 2024

FLUX, subst. masc.

 A.− Écoulement d'un liquide organique. Flux de sang, de bile; flux menstruel, hémorrhoïdal. Mais le flux brûlant de ses larmes continuait de monter à ses yeux (GenevoixMarcheloup,1934, p. 269).Alors, tout d'un coup, ton flux de ventre se guérit de lui-même (ArnouxSolde,1958, p. 230).

♦ P. ext. Écoulement de matières liquides en général ou d'un fluide :
1. ... certain isolement. (Dont j'avais souffert sans bien en avoir conscience : le mineur qui, soudain, au fond de sa mine, respire un grand flux d'air frais, et qui s'aperçoit seulement alors qu'il peinait jusque-là dans une galerie mal aérée...) Martin du G.Souv. autobiogr.,1955, p. LXII.
− Au fig. Grande abondance, afflux, flot. Un flux de paroles. Flux de bouche (vx). Bavardage. Il parle de peinture avec outrance et bêtise. Sa parole est un flux continu qu'aucune objection, qu'aucune interrogation même, n'arrête (GideJournal,1912, p. 384):
2. De temps en temps, aux moments les plus « énergiques » du réquisitoire, dans ces instants où l'éloquence, qui ne peut se contenir, déborde dans un flux d'épithètes flétrissantes et enveloppe l'accusé comme un orage, il remuait lentement la tête de droite à gauche et de gauche à droite... HugoMisér.,t. 1, 1862, p. 328.
B.− Marée montante. Regarder arriver le flux. L'heure du flux approchoit, mon libérateur tira du danger même le moyen de mon salut : il aperçut une nacelle des Francs échouée sur le sable (...). La mer ne tarda pas à couvrir ses grèves(Chateaubr.Martyrs,t. 1, 1810, p. 304).Parfois, on se fût cru en mer; ils imitaient le bruit des lames, celui du flux et du reflux (MicheletOiseau,1856, p. xxxi).
− P. anal. [En parlant d'une masse d'individus en mouvement] Le flux et le reflux de la foule :
3. ... il était plus intéressé encore par la foule flottante des prêtres accourus de la chrétienté entière. (...). Ah! ce flux et ce reflux, cette continuelle marée, dans Rome, des robes noires, des frocs de toutes les couleurs!... ZolaRome,1896, p. 300.
− Au fig. Mouvement semblable à celui de la marée montante. Le flux et le reflux d'opinions contraires :
4. ... dans une pièce voisine, j'entrevois des gens assis dans des fauteuils et qui surveillent un tableau pareil à ceux qui indiquent la position des équipes à la pelote basque, où se chiffrent en blanc et rouge le flux et le refluxdes valeurs. MorandNew-York,1930, p. 55.
C.− PHYS. Flux énergétique*, magnétique*.
Flux lumineux. Quantité de lumière émise par une source lumineuse en un temps déterminé :
5. Ainsi en faisant fonctionner une ampoule de 110 volts avec une tension de 150 volts environ, on arrive à quadrupler le flux lumineux. Cet avantage est acquis en sacrifiant la longévité de l'ampoule. Arts et litt.,1935, p. 3013.
− PHYS. NUCL. Nombre de particules d'un faisceau qui traversent une section de ce faisceau pendant l'unité de temps (cf. Nucl. 1964).
D.− P. anal., ÉCON. Quantités économiques qui transitent (circulent) d'un secteur à l'autre de l'économie ou d'un groupe d'agents à un autre tout au long d'un circuit économique (cf. Combe-Cusset, 1974). Le défaut de complémentarité empêche les transmissions de flux réels d'un centre à un autre et celles des flux monétaires d'un groupe social à un autre (Univers écon. et soc.1960, p. 3602).
REM. 
Fluxer, verbe trans.,pétrochim. Rendre un produit lourd moins consistant par l'addition d'une huile plus fluide (cf.Barb.-Cad. 1963 et 1971). Pour la fabrication des émulsions, l'asphalte fluxé par des fuel-oils est émulsionné avec de l'eau par passage dans un homogénéiseur (ChartrouPétroles nat. et artif.,1931, p. 148).
Prononc. et Orth. : [fly]. x ne se prononce pas dans prix, perdrix, crucifix, flux. Mais on recommande parfois la liaison dans flux et ses dérivés : un flux abondant [flyzabɔ ̃dɑ ̃]. Le mot est admis ds Ac. 1694-1932.  Étymol. et Hist. 1. 1306 méd. « écoulement d'un liquide organique » flux de ventre (G. GuiartBranche des royaus lignages, éd. Wailly et Delisle, 11752); 2. ca 1470 « écoulement de liquide, ici eau » (Trahison de France, p. 172, chron. belg. ds Gdf. Compl.); 3. 1580 « mouvement de l'eau » (MontaigneEssais, éd. A. Thibaudet, II, ch. 17, p. 716 : flux et reflux de la riviere du Nile); 4. fig. id. « abondance, afflux » (Id.ibid., III, ch. 6, p. 1005 : flux de caquet, flux impetueux par fois et nuisible). Empr. au lat. class. fluxus « écoulement d'un liquide ».  Fréq. abs. littér. : 846. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 712, b) 857; xxes. : a) 855, b) 2 016.