dimanche 30 juin 2024

DILACÉRER, verbe trans.

 Rare, CHIRURG. PATHOL. Déchirer un tissu organique. En dilacérant sous le microscope et dans une goutte d'eau salée à 9‰, un nerf sciatique de grenouille, on constate qu'il est formé de fibres nerveuses (Camefort, GamaSc. nat.,1960, p. 219).

− P. ext. Déchirer avec violence, mettre en pièces de manière à rendre inutilisable. À la fin de la végétation (...) les écorces [de la vignedilacérées, retiennent beaucoup de spores de champignons, de moisissures, etc. (BrunetMat. vitic.,1909, p. 26).
− P. métaph. Jean de Witt (...) a fini par être mis en pièces et dilacéré au profit de cet autre grand politique moins crapuleux, Guillaume d'Orange (Sainte-BeuvePortraits contemp.,t. 5, 1846-69, p. 249).Le « soi » d'Edgar Poë a été recouvert, obstrué par un dérèglement d'images héréditaires, dû à l'alcool, qui ont fini par dilacérer et écharpiller son beau génie (L. DaudetLe Monde des images,1919, p. 66).
Prononc. et Orth. : [dilaseʀe]. Barbeau-Rodhe 1930 donne la possibilité de prononcer [dilasε rre] qui est une prononc. expressive. Cf. ds Passy 1914, mais sans redoublement de [ʀ], avec [ε] ouvert à l'inf. d'apr. la forme conjuguée. Le verbe est admis ds Ac. 1762-1932. Conjug. Devant syll. muette, change [e] fermé en [ε] ouvert : (je) dilacère [dilasε:ʀ]. Étymol. et Hist. 1. Ca 1121 delacherez « déchirer » (St Brendan, éd. E. G. Waters, 1228); 2. 1539 méd. (J. Canappe5eLivre de la méthode thérapeutique, p. 71 ds Fr. mod. t. xix, p. 20). Empr. au lat. class.dilacerare « déchirer, mettre en pièces ».  Fréq. abs. littér. : 2.

vendredi 21 juin 2024

TRÉBUCHET, subst. masc.

 A. − HIST. [Au Moy. Âge] Machine de guerre à contrepoids utilisée pour lancer des pierres contre les murailles des châteaux et des villes. Cet engin est (...) une espèce de fronde gigantesque. On l'appelait, au moyen âge, chatte, bricole, trébuchet etc. (...) le trébuchet étant mis en batterie, il fallait tenir pendant quelque temps la poutre immobile pour diriger le coup (MériméeÉt. arts Moy. Âge, 1870, pp. 370-371).

B. − 
1. Vx. Petite balance de précision dont la moindre augmentation de poids faisait trébucher, pencher le plateau chargé, et qui servait à vérifier le poids des pièces de monnaie. Regarde-le donc ton fils. C'est à croire, mon Dieu, qu'il va peser de l'or au trébuchet dans le bureau des farines, comme le pauvre défunt (AdamEnf. Aust., 1902, p. 62).
2. Mod. Petite balance de grande précision servant aux pesées délicates (bijoux, pierres précieuses; pesées de laboratoire). (Dict. xxes.).
C. − 
1. Piège à bascule pour oiseaux et petits animaux nuisibles (belettes, fouines, rats). Échapper au trébuchet. Raboliot chassait toujours, car il fallait manger, colletait, furetait, posait des trébuchets (GenevoixRaboliot, 1925, p. 304).
− Dans des loc. fig. Donner dans le trébuchet. Il était irrité contre elle et lui prêtait des pensées de triomphe: « J'ai tout de même décroché un mari malgré nos malheurs » Lui, il était le maladroit tombé dans le panneau, pris au trébuchet(MauriacChemins mer, 1939, p. 160).
2. Arg. Guillotine. Faire le trébuchet. Être guillotiné. Quand on nous découvrirait [comme faux-monnayeurs], qu'est-ce qu'il en serait? Il y en a bien d'autres qui ont fait le trébuchet sur la place de Grève (VidocqMém., t. 2, 1828-29, p. 263).
Prononc. et Orth.: [tʀebyʃ ε]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. 1. a) 1174-77 « piège dont le mécanisme de déclenchement consiste en un assemblage de bûchettes en équilibre » (Renart, éd. M. Roques, VII b, 6437); b) 1403 au fig. « piège » (Eustache DeschampsŒuvres compl., éd. G. Raynaud, t. 8, p. 190); 2. ca 1200 « machine de guerre qui lance des pierres pour abattre les murailles » (Renart, éd. E. Martin, XI, 2545); 3. a) 1326 « petite balance de précision qui sert à vérifier le poids des pièces de monnaie » (Arch., JJ 64, fo237 vods Gdf.s.v. atrebuchier); b) 1949 « balance de haute précision utilisée pour les pesées délicates de laboratoire » (BrunerieIndustr. alim., p. 161). Dér. de trébucher*; suff. -et*.  Fréq. abs. littér.: 34.  Bbg. (Cf. bbg. trébucher).

mardi 27 février 2024

TALENT, subst. masc.

 I. − ANTIQUITÉ

A. − Unité de poids de 20 à 27 kg. Chez les Athéniens, le talent pesait environ vingt-sept kilos (Ac.1935).
B. − Monnaie de compte équivalent à un talent d'or ou d'argent. [Pilate] est procurateur, lieutenant consulaire. Le port de Tyr lui paie un talent par galère (HugoFin Satan, 1885, p. 869).Autrefois il a prêté , sur reçu (...) une somme de dix talents d'argent à un parent pauvre (A. FranceVie littér., 1891, p. 219).
− Vieilli. [P. allus. à la Parabole des talents dans Matth., XXV, 14 et sqq.] Enfouir son talent. Ne pas faire valoir ses dons, ses capacités. Songez au serviteur qui enfouit le talent que son maître lui a confié (Martin du G.Thib., Cah. gr., 1922, p. 738).
II. 
A. − 
1. Vieilli. Disposition donnée, aptitude, capacité physique ou intellectuelle pour réussir en quelque chose. Synon. don, faculté.Les talents du corps et de l'esprit; exercer son talent, un talent; avoir le talent de se ruiner, d'ennuyer qqn, de se faire moquer de soi. Madame Paturot (...) avait un talent inouï pour détourner la conversation (ReybaudJ. Paturot, 1842, p. 412).Il possédait, entre autres talents, celui de violer un cachet, le plus doucement du monde (BourgesCrépusc. dieux, 1884, p. 66).
2. Aptitude, capacité particulière, habileté, naturelle ou acquise, pour réussir en société et dans une activité donnée.Avoir des talents; se faire connaître par quelque talent; un talent d'imitation; un beau, grand talent; un joli talent d'amateur; talent dramatique, littéraire; talent militaire, politique; talents de ménagère. Jamais il n'avait eu le talent des affaires, et quatorze années passées à la campagne, entre ses valets, son notaire et son médecin, jointes à la mauvaise humeur de la vieillesse qui était survenue, en avaient fait un homme tout à fait incapable (StendhalChartreuse, 1839, p. 19).On avait vanté devant lui le talent de conteur du premier lieutenant (PeissonParti Liverpool, 1932, p. 106).
♦ Talent de société. Talent qui divertit, intéresse en société. Ses talents de société éclipsaient les miens; il devenait le héros de la fête (ReybaudJ. Paturot, 1842, p. 332).C'est vrai qu'il a des talents de société, dit-elle; il chante des chansons tellement drôles! (BeauvoirMandarins, 1954, p. 215).
B. − Absol., dans le domaine intellectuel ou artist. Aptitude, capacité remarquable. Avoir du talent. Le génie est l'instinct de tout voir et de tout comprendre, et le talent est le don de tout rendre et de tout exprimer (ChênedolléJournal, 1833, p. 162).Le génie, même le grand talent, vient moins d'éléments intellectuels et d'affinement social supérieurs à ceux d'autrui, que de la faculté de les transformer, de les transposer (ProustJ. filles en fleurs, 1918, p. 554).
♦ De talent. Un homme de talent, quoi qu'il fasse, ne rassure jamais l'autorité (GoncourtJournal, 1865, p. 120).
− [P. méton.] Ensemble de qualités d'une œuvre dénotant les capacités remarquables de son auteur. Mon noble ami, mais c'est plein de talent, ça! (Villiers de L'I.-A.Contes cruels, 1883, p. 53).
C. − P. méton. Personne qui a du talent. [M. Pradier] est un talent froid et académique. Il a passé sa vie à engraisser quelques torses antiques, et à ajuster sur leurs cous des coiffures de filles entretenues (Baudel.Salon, 1846, p. 190).Les grands talents ont derrière eux des imitateurs qui les caricaturent, comme ces ombres grimaçantes, sur un mur, à la chandelle (GoncourtJournal, 1860, p. 739).
Prononc. et Orth.: [talɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. I. A. 1. Fin xes. « sentiment, pensée, disposition d'esprit » [G. MombelloLes Avatars de « talentum », Turin, 1976, p. 154, note 2 précise pour ce texte « courroux »] (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 73: Los sos talant ta fort monstred [Le Christ chassant les marchands du Temple] Que grant pavors pres als Judeus); 2. id. « désir, souhait, volonté » (ibid., 84: Vostres talenz ademplirai); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 25: Amfant nus done ki seit a tun talent), cf. l'analyse sém. de G. S. Burgess ds Romania t. 95, 1974, pp. 443-466 et G. Mombelloop. cit., pp. 153-161; 3. id. « esprit » (ibid., 139: À tel tristur aturnat sun talent [la mère d'Alexis]. Unc puis cel di nes contint ledement). B. « Dons, capacités, aptitudes accordés par Dieu » 1. xives. [ms.] « faculté, aptitude (domaine des sens) » (ds Rec. gén. des jeux-partis, éd. A. Långfors et L. Brandin, XV, 20, t. 1, p. 59: S'il ne parole [le muet], s'a par veoir talent, Par quoi il doit les biens d'amours sentir); déb. xves. « capacités physiques » (Christine de PisanEpistre Othea, LXXII, ms. Harley 4431, fol. 128 rods G. Mombelloop. cit., p. 178); 2. mil. xvies. « dons du Saint-Esprit » (CalvinSerm. Pentecoste, 4 [XLVIII, 648] ds Hug.: chacun n'en pourra pas avoir en egal mesure [de la grâce du St Esprit], mais cela n'empesche pas que nous ne facions profiter nostre petit talent); 3. 1560 « capacités intellectuelles » (RonsardÉlégie, 37 ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 10, p. 364: Si Ronsard ne cachoit son talent dedans terre, Or parlant de l'amour, or parlant de la guerre [...] Il seroit tout parfaict), v. G. Mombelloop. cit., pp. 192 et 201-202; 4. p. ext. av. 1734 « personne qui a une aptitude spéciale » (FontenelleÉloge de Lagny ds Littré). II. 1. Ca 1170 « unité de poids (dans le monde antique) » (Rois, III, V, 12, éd. E. R. Curtius, p. 121); 2. 1530 « monnaie de compte équivalant au poids d'un talent » (Palsgr., p. 279a); 1551 spéc. Récit de la Parabole des talents enfouyr [le talent] (Bible, trad. Calvin, s.l., Jehan Crespin, Matth. XXV, N.T., fol. 10b); 3. « richesses » [XIIIes. talente fém. (Vies des Pères, St Paulin, 67, cité par G. Mombelloop. cit., p. 349)] 1575 (BrantômeDiscours sur les couronnels [VI, 101], ibid., p. 192). Empr. au lat.talentum, sens II 1, 2; empl. fig. à basse époque « richesse, richesse morale » (fin ive-ves. ds G. Mombelloop. cit., p. 193) [3]. L'explication de I se trouve dans l'interprétation de la parabole évangélique par l'exégèse médiév.; celle-ci s'exprime par différents aut.: dès le ives., les talenta sont considérés par St Jérôme comme « don de Dieu, grâce » (Comment. in Évang. Matth., ibid., p. 45: In quinque, et duobus, et uno talento, vel diversas gratias intelligamus, quae unicuique traditae sunt; cf. xes., FlodoardHist. Rem., lib. 2 c, 19 ds Nierm.). D'apr. le même aut., ibid., les 5 talents distribués par le maître au 1erserviteur représentent omnes sensus « les 5 sens corporels »; les 2 talents signifient l'intelligentia « les capacités intellectuelles, les facultés de l'esprit » et l'opera [operatio] (mot pour lequel G. Mombello relève la var. voluntas, op. cit., pp. 110-111); le talent unique signifie la ratio « faculté intellectuelle ». De talenta « les 5 sens corporels », est dér. le sens « capacités physiques ». Du sens « faculté de l'esprit » (relevé dès les vii-viiies. sous la forme tallan dans des gl. a. irl., G. Ascoli ds Romania t. 27, 1898, p. 525), est issu, par synecdoque, celui de « esprit », att. dès le xies. (a. cat. venir en talent 1067 ds Alc.-Mollca 1063 lat. médiév. venire in talentum + inf. ds Du Canges.v. talentum, v. aussi, G. Mombelloop. cit., pp. 222-223).  Fréq. abs. littér.: 6 493. Fréq. rel. littér.:xixes.: a) 15 174, b) 10 177; xxes.: a) 8 870, b) 3 875.  Bbg. Darm. Vie 1932, p. 131. − Mombello (G.). Note sur deux accept. curieuses et rares de talent au Moy. Âge. In: [Mél. Lecoy (F.)]. Paris, 1973, pp. 433-441.

dimanche 29 octobre 2023

ALTÉRATION, subst. fém.

1.

A.− Modification de l'état ou de la qualité d'une chose.

1. Rare. Changement radical, sans nuance :
1. ... ainsi parlait un des plus anciens philosophes dont les écrits soient parvenus jusqu'à nous, et depuis lui nos observations ne nous en ont pas appris davantage. L'univers nous paraît tel encore qu'il lui paraissait être alors. Ce caractère de perpétuité sans altération, n'est-il pas celui de la divinité ou de la cause suprême? Que serait donc Dieu, s'il n'était pas tout ce que nous paraissent être la nature et la force interne qui la meut? Irons-nous chercher hors du monde cet être éternel et improduit, dont rien ne nous atteste l'existence? Ch.-F. DupuisAbrégé de l'origine de tous les cultes,1796, pp. 9-10.
− MUS. ,,Modification que l'on fait subir à l'intonation primitive d'une note en la haussant ou en la baissant au moyen de signes appelés signes d'altération.`` (Rougnon 1935).
♦ Altération constitutive ou armure de la clé. L'altération placée auprès de la clé.
♦ Altération accidentelle ou accident. L'altération placée dans le courant d'un morceau, devant une note (cf. Quillet1965).
− PHILOS. ,,Chez Aristote, changement dans la catégorie de qualité : le fait de devenir ou de rendre autre.`` (Lal.1968).
2. Usuel. Modification immédiatement perceptible des traits, de la voix d'une pers., sous l'effet d'une émotion vive :
2. ... aussitôt je fis un mouvement pour m'éloigner; mais Charlemagne, sans proférer une parole, me retint en me prenant fortement la main; la sienne étoit tremblante, l'altération de ses traits et l'expression de sa physionomie avoient quelque chose de terrible et d'effrayant : il fit passer dans mon ame le trouble affreux qu'il éprouvoit...Mmede GenlisLes Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. 302.
3. Un flot de sang vint aux joues de MlleChantal. − Et moi, dit-elle sans daigner dissimuler l'altération de sa voix,je n'ai rien fait pour mériter d'entendre des paroles telles que celles-ci. Non, je n'ai rien fait. G. BernanosLa Joie,1929, p. 546.
4. ... il est une altération, lente et essentielle, à laquelle nous ne saurions échapper : l'âge, la vieillesse, qui, d'instant en instant, nous enlèvent à nous-mêmes pour nous pousser vers la fin. P. Teilhard de ChardinLe Milieu divin,1955, p. 83.
B.− Dégradation par rapport à l'état initial ou normal d'une chose, ou aspect de l'être humain.
1. [L'altération est spontanée]
a) [En parlant de choses] Altération des roches :
5. Pasteur vint passer huit jours à Tantonville. Il en revint avec des principes (toute altération de la bière dépend du développement des organismes microscopiques qui sont apportés par l'air, par les matières premières, par les appareils dont on fait usage dans les brasseries). M. BarrèsMes cahiers,t. 2, oct. 1899-juill. 1901, pp. 214-215.
6. Les principales causes de l'altération des couleurs sont l'action des gaz de l'atmosphère et l'action des rayons chimiques de la lumière. Moreau-VauthierLa Peinture, les divers procédés, les maladies des couleurs, les faux tableaux,Préf. d'É. Dinet, 1933, p. 181.
b) [En parlant d'une qualité humaine] :
7. ... aussi de pareils propos la froissaient-ils dans son orgueil, en même temps que l'altération d'humeur si soudaine du savant lui rendait leur commun intérieur presque inconfortable. P. BourgetLe Disciple,1889, p. 211.
8. ... j'avais trouvé comme un refuge matériel pour ce nom de Guermantes auquel il prêtait sa dernière réalité, ce milieu avait lui-même subi, dans sa constitution intime et que j'avais crue stable, une altération profonde. M. ProustÀ la recherche du temps perdu,Le Temps retrouvé, 1922, p. 956.
− SPÉC., PSYCHANAL. ,,Chez Freud. Altération du moi : ensemble des limitations et des attitudes anachroniques acquises par le moi au cours des étapes du conflit défensif, et qui retentissent défavorablement sur ses possibilités d'adaptation.`` (Lapl.-Pont. 1967).
2. [L'altération est voulue] Contrefaçon, falsification, imitation frauduleuse :
9. ... Mais les docteurs juifs, chrétiens, musulmans, se récriant sur cet exposé, et traitant les Parses d'idolâtres et d'adorateurs du feu, les taxèrent de mensonge, de supposition, d'altération de faits; et il s'éleva une violente dispute sur les dates des événements, sur leur succession et sur leur série... C.-F.-C. de VolneyLes Ruines,1791, p. 187.
10. 52. Toute altération, tout faux dans les actes de l'état civil, toute inscription de ces actes faite sur une feuille volante et autrement que sur les registres à ce destinés, donneront lieu aux dommages-intérêts des parties, sans préjudice des peines portées au Code pénal. Code civil,1804, p. 11.
11. Lui, que j'avais toujours connu si sévère pour les moindres altérations de la vérité, je le surprenais à mentir, et d'un mensonge évidemment pathologique. Il disait par exemple qu'il s'était promené au jardin, quand il était resté dans son bureau, et vice versa. Il prétendait avoir lu un journal qu'il n'avait pas lu. P. BourgetLe Sens de la mort,1915, p. 94.
− Spécialement
♦ ARM. Altération de consigne. ,,Action de changer sciemment la consigne, en parlant du chef d'un poste. C'est un délit que l'on punit de six mois d'emprisonnement.`` (Besch. 1845).
♦ FIN. Altération d'une monnaie :
12. La promptitude avec laquelle on aurait soin de reporter à l'hôtel des monnaies une pièce altérée, fournirait au ministère public des moyens de remonter plus aisément à la source des altérations frauduleuses. J.-B. SayTraité d'économie politique,1832, p. 299.

2.

Rare. Soif insatiable souvent causée par la fièvre :
1. ... je me couche et lirai plutôt dans mon lit. Je suis las et d'une altération brûlante. Aurais-je un peu de fièvre par hasard? J. Barbey d'AurevillyPremier Memorandum,1838, p. 197.
2. − Le temps est à la pluie et aux éclairs plus que tantôt encore. − Bu de l'eau, − les mains brûlantes, les nerfs abattus et l'altération insatiable. − Dans l'impossibilité de travailler. J. Barbey d'AurevillyDeuxième Memorandum,1838, p. 316.
Prononc. : [alteʀasjɔ ̃]. Harrap's 1963 : altεrasjɔ ̃.
Étymol. ET HIST. − 1. Ca 1265 philos. « changement dans la nature d'une chose » (Brunetto LatiniLi Livres dou tresor, éd. Chabaille, 1863, p. 149 : Alteracion est cele euvre de nature qui mue une chose en une autre); cf. 1690 id.(Fur. : [...] Aristote admet un mouvement d'alteration qui est cause des generations & corruptions); connaît des applications dans différents domaines a) 1580 méd. (MontaigneEssais, I, XIX ds Dict. hist. Ac. fr. t. 3 1888, p. 23a : Et puis, n'est-ce rien d'aller au moins jusque-là [la pensée de la mort] sans altération et sans fiebvre?); b) 1718 phys. chim. « corruption d'une substance » (Ac. : [...] Les élemens purs ne sont pas susceptibles d'altération, l'alterationdes qualitez dans les corps Physiques); c) 1718 fin. (ibid. : Alteration. En parlant des Monnoyes, sign. La falsification des monnoyes); 2. 2emoitié xvies. au fig. « trouble, agitation, émotion » (Ph. de MarnixCorrespond. et Meslanges, p. 416 ds Hug. : Trouver inventions ... à soulager les mescontentemens du peuple, à appaiser leurs alterations); 3. 1532 « soif » (RabelaisPantagruel, éd. V.-L. Saulnier, chap. II, p. 17 : c'estoit pitoyable cas de veoir le travail des humains pour se guarentir de ceste horrificque altération). Empr. au b. lat. alteratio « changement » (Boècein Porph. comm., 4, p. 118Bds TLL s.v., 1749, 38 : alteratio ...continens est, aliud vero intra alterationis spatium continetur); spéc. en lat. médiév., terme de philos. (1248-1256, Albert Le GrandPhys., 7, 1, 5, p. 496a, 32 ds Mittellat. W. s.v., 509, 36 : alteratio non est nisi quando sub eodem subiecto manente in omnibus suis substantialibus mutatio fit); de méd. (1256-1260, Id.Animal., 19, 2, ibid., 509, 55 : quaedam sunt alterationes animalium secundum accidentia); de chim. (xiie-xiiies., Geberus, alchimista, Summ., 1, 13, ibid., 509, 66 : quae [proiectio] est ad intentionem alterationis metallorum); de fin. (1154, Chart. Basil., A I 210, p. 323, 20, ibid., 509, 71 : super monete alteratione, que sui viluit levitate).
STAT. − Fréq. abs. litt. : 617. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 739, b) 603; xxes. : a) 310, b) 629.
BBG. − Ac. Can.-Fr. 1968. − Bach.-Dez. 1882. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Baulig 1956. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Candé 1961. − Cap. 1936. − Cros-Gardin 1964. − Darm. Vie 1932, p. 103. − Dup. 1961. − Éd. 1913. − Fromh.-King 1968. − Goblot 1920. − Lacr. 1963. − Lal. 1968. − Lapl.-Pont. 1967. − Littré-Robin 1865. − Nysten 1814-20. − Piéron 1963. − Plais.-Caill. 1958. − Rougnon 1935. − St-Edme t. 1 1824. − Springh. 1962.