lundi 1 décembre 2025

ROGUE, adj.

 En parlant d'une pers.] Qui manifeste envers autrui de la morgue, du dédain, du mépris. Synon. dédaigneux, hautain, méprisant.À l'Académie de France, dans ce beau salon aux tapisseries de De Troy, dans ce milieu charmant d'un palais italien à la Fragonard, on voit messieurs les élèves de Rome, tristes, rogues, boutonnés dans leur habit noir, cachant leur gêne du monde sous une dignité endimanchée (GoncourtJournal, 1867, p. 338).Christophe était surpris de cette inertie: ces êtres rogues et engourdis ressemblaient si peu aux Français qu'il imaginait! (RollandJ.-Chr., Foire, 1908, p. 644).

− [P. méton.] Qui témoigne de cette attitude. Air, ton, voix rogue. L'institutrice était d'un caractère si rogue, fantasque et brutal, elle malmenait tellement l'enfant qu'on la remercie; elle s'en va (Flaub.Corresp., 1853, p. 265).Familier, oui, blagueur à l'occasion; mais plus encore que ses rogues manières, on redoutait la bonhomie pateline et froide dont il s'accoutrait quelquefois (GenevoixRaboliot, 1925, p. 24).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɔg]. Att. ds Ac. dep. 1694.  Étymol. et Hist. 1. Ca 1180 rogre « agressif, ragaillardi » (Hue de RotelandeYpomedon, éd. A. J. Holden, 6177); 2. 1269-78 « hautain » (Jean de MeunRose, éd. F. Lecoy, 11600); 3.1567 [éd.] maintien rogue (J. A. de BaïfLe Brave, IV, 2, Paris, R. Estienne, f oIiiii r o). Du subst. a. nord. hrokr « excès, insolence »; le passage du subst. à l'adj. s'est peut-être fait au moment où le mot est entré en fr. La forme rogue est issue de rogre p. dissim. (v. Hue de Rotelandeop. cit., p. 552, note), v. FEW t. 16, p. 249b.  Fréq. abs. littér.: 125.
DÉR. 
Roguerie, subst. fém.,littér. Façon d'être, attitude, comportement d'une personne rogue. À moins d'un mois de là, Julien se promenait pensif dans le jardin de l'hôtel de La Mole; mais sa figure n'avait plus la dureté et la roguerie philosophique qu'y imprimait le sentiment continu de son infériorité (StendhalRouge et Noir, 1830, p. 304).− [ʀ ɔgʀi].  1reattest. 1740-55 (Saint-SimonMém., éd. A. de Boislisle, t. 4, p. 56); de rogue1, suff. -erie*.

SORGUE, subst. Fém.

 Arg., vieilli. Nuit; soir. Pendant la sorgue. On ne peut pas être là [avec sa femme] et ailleurs, quand on travaille à la sorgue ([L'Héritier],Suppl. Mém. Vidocq, t. 2,1830,p. 213).− Et puis nous avions peur d'être tout seuls comme ça la nuit. − On ne dit pas la nuit, on dit la sorgue (HugoMisér., t. 2, 1862, p. 166).

♦ Se refaire de sorgue. Souper. [Sinous allions nous refaire de sorgue chez l'ogresse du Lapin-Blanc [?] (SueMyst. Paris,t. 1, 1842, p. 17).
− P. anal. La grande sorgue. La mort; la fin du monde. C'est pas qu' j'ay' peur ed' la grand' sorgue (Bruant1901).
REM. 
Sorguer, verbe intrans.,arg. Passer la nuit. Content de sorguer sur la dure, va, de la bide [chaîne] je n'ai pas peur(Vidocq dsGuérin1892).Sorguer en blanc. ,,Veiller inutilement`` (Esn. 1966). Sorguer à la paire. ,,Courir toute la nuit, faute de logis`` (Esn. 1966). J' sorgue à la paire et j' fais ballon. Dans la rue (BruantDans la rue, t. 2, 1909, p. 14 ds Cellard-Rey 1980).
Prononc.: [sɔ ʀg].  Étymol. et Hist. 1628 (Le Jargon de l'Argot réformé ds Sain. Sources Arg. t. 1, p. 199). Var. de sorne (1486 sur la sorne « à la brune », Jean MichelMystère de la Passion, éd. O. Jodogne, 18612), empr. au prov. sorn (v. sournois).
DÉR. 
Sorgueur, subst. masc.,arg., vieilli. Voleur de nuit. Synon. rôdeur.Après la communion du matin, lorsqu'il errait dans la ville en attendant le train de retour, il se prenait à envier les noceurs qui sortaient des hôtels de passe, et tout un monde sordide qu'il imaginait avec souffrance, de tenanciers repus, de sorgueurs et de filles de sang (AyméJument, 1933, p. 112).V. gail ex. de Hugo. [sɔ ʀgœ:ʀ].   1reattest. 1829 (Rec. d'arg. ds Sain. Sources Arg. t. 2, p. 171); de sorgue, suff. -eur2* (cf. la forme en -eux 1561 sorqueux d'Antilfles, de TaudizRasse des NœudsAbbuz et Chant Royal, éd. G. Esnault ds Romania t. 83, p. 304).
BBG. − Chautard Vie étrange Argot 1931, p. 669.